14 avril 2022
Ferrier Chartier, 1910-1946, un artiste oublié
Par: Le Courrier
Ferrier Chartier. Photo Collection du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, Fonds CH001

Ferrier Chartier. Photo Collection du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, Fonds CH001

Ferrier Chartier, complètement oublié aujourd’hui, fut un brillant musicien et un habile chroniqueur à son époque. Voici les grandes lignes de ce trop court destin.

Le 31 décembre 1946, la tuberculose, la peste blanche comme on la surnommait à l’époque, emporte, peu avant minuit, le jeune Ferrier Chartier, âgé de 36 ans. Après avoir séjourné quatre ans au sanatorium de Sherbrooke, il décède à l’Hôpital de Cartierville alors qu’il subissait une opération qui, l’espérait-il, lui permettrait de poursuivre sa vie et ses passions… car des passions, il en avait!

Jean-Baptiste Lévi Ferrier Chartier est né à Saint-Hyacinthe le 13 juillet 1910, fils de Jean-Baptiste Chartier et de Laura Moisan. Il est l’aîné d’une famille de quatre enfants. Son grand-père paternel, également baptisé Lévi Ferrier, est bien connu à Saint-Hyacinthe où il est considéré comme un héros. Zouave pontifical, il fut fait prisonnier lors de la prise de Rome en 1870 et devint, plus tard, chevalier du pape Pie IX.

Ferrier Chartier, le jeune, entreprend ses études au Séminaire de Saint- Hyacinthe. Il s’intéresse rapidement aux arts. Dans un article du Courrier de Saint-Hyacinthe en 1929, on découvre qu’il joue au théâtre sous les auspices de l’Association catholique de la jeunesse canadienne-française. Bientôt, toutefois, c’est la musique qui l’emporte. Il apprend le piano et l’orgue avec le professeur Télesphore Urbain. Il poursuit ensuite ses études au Conservatoire national de musique à Montréal sous la direction du professeur Eugène Lapierre, où il obtient son baccalauréat avec la mention « grande distinction » en 1934.

Il devient l’organiste titulaire de l’église Notre-Dame-du-Rosaire à Saint-Hyacinthe, poste qu’il occupera de 1936 à 1941. En plus de se produire durant les offices religieux, Ferrier donne souvent des récitals qui reçoivent des éloges de plusieurs critiques musicaux. Son compositeur de prédilection est Félix Mendelssohn qu’il interprète à la perfection, selon les dires du maître Conrad Letendre, dans Le Courrier du 29 août 1930.

Dès 1934, Ferrier Chartier écrit pour Le Courrier. Il est critique musical et rapporte fidèlement les événements musicaux qui ont lieu à Saint-Hyacinthe. Il rédige également des articles sur divers sujets d’actualité. Sa plume est acérée, il est souvent surprenant, mais on le sent sincère et passionné. Lors des élections fédérales de 1940, il appuie le candidat indépendant Joseph-Wilfrid Gaudette, qui est contre la conscription. Ferrier préside la plupart de ses assemblées. Il écrit également plusieurs articles sur le sujet. Pour lui, il faut « vivre plutôt que de se faire trouer la peau dans l’intérêt des spéculateurs ». L’histoire est également un de ses champs d’intérêt. Il sera l’un des premiers directeurs de la Société d’histoire régionale de Saint-Hyacinthe lors de sa création en 1937.

En 1941, il quitte Saint-Hyacinthe et s’installe à Montréal. Il devient alors critique musical au journal Le Devoir. Il écrit également des contes pour le même journal, comme il le faisait pour Le Courrier. La musique demeure toutefois sa grande passion. Il écrit une intéressante biographie de Calixa Lavallée, l’auteur de l’Ô Canada, pour L’action nationale et un plaidoyer pour l’orgue à tuyaux dans La revue dominicaine, article qui fera école. En 1943, il devient président de la Société d’orgue Casavant à Montréal, poste qu’il abandonne un an plus tard lorsque la maladie prend du terrain.

Lorsqu’il décède, la veille du Jour de l’An de 1947, c’est un jeune homme très talentueux et encore rempli de promesses qui rend l’âme. La Société Casavant, lors de son festival du printemps au mois d’avril 1947, lui rendra un vibrant hommage.

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