3 novembre 2022
Archives oubliées du Clairon de Saint-Hyacinthe
Lumières vives sur les chroniques de cinéma de René Lévesque
Par: Maxime Prévost Durand
Jean-Pierre Sirois-Trahan (à gauche), professeur de cinéma, a regroupé dans le recueil Lumières vives toutes les chroniques de cinéma signées par René Lévesque dans Le Clairon de Saint-Hyacinthe à la fin des années 40. On le voit ici en compagnie du fils de l’homme politique, Claude Lévesque, qui était présent au lancement à la Cinémathèque québécoise mardi. Photo | Le Courrier ©

Jean-Pierre Sirois-Trahan (à gauche), professeur de cinéma, a regroupé dans le recueil Lumières vives toutes les chroniques de cinéma signées par René Lévesque dans Le Clairon de Saint-Hyacinthe à la fin des années 40. On le voit ici en compagnie du fils de l’homme politique, Claude Lévesque, qui était présent au lancement à la Cinémathèque québécoise mardi. Photo | Le Courrier ©

Saviez-vous que le jeune René Lévesque d’à peine 25 ans avait été chroniqueur de cinéma pour <i>Le Clairon de Saint-Hyacinthe</i>, chaque semaine, pendant deux années, de 1947 à 1949? Peu de gens se souvenaient de ce pan de la vie du grand homme politique. Oubliées et restées dans l’ombre depuis des décennies, ces 88 chroniques refont maintenant surface dans le recueil <i>Lumières vives</i>, lancé le 1er novembre, jour du 35e anniversaire du décès de René Lévesque.

Le professeur de cinéma de l’Université Laval, Jean-Pierre Sirois-Trahan, signe l’édition de ce recueil, publié aux Éditions du Boréal. Il s’est intéressé à cette facette méconnue de René Lévesque après qu’un ami lui eut envoyé une critique d’un film d’Orson Welles, trouvée au hasard, en lui demandant si c’était vraiment « le » René Lévesque qui la signait.

« En fouillant, je suis tombé sur toutes ces chroniques-là », raconte M. Sirois-Trahan en entrevue avec LE COURRIER, à l’occasion du lancement qui s’est tenu mardi à la Cinémathèque québécoise, à Montréal.

« Les gens en cinéma savaient que Lévesque avait fait quelques chroniques sur des films québécois, mais personne ne savait toutefois qu’il avait écrit pendant deux ans une chronique substantielle chaque semaine [dans Le Clairon de Saint-Hyacinthe]. C’est vraiment une découverte. Ceux qui s’intéressaient à l’aspect politique de Lévesque le savaient, mais ça ne les intéressait sûrement pas autant que les gens en cinéma [donc c’est resté dans l’oubli]. »

Même l’éditeur actuel du Courrier de Saint-Hyacinthe et du Clairon de Saint-Hyacinthe, Benoit Chartier, qui a offert gracieusement les droits des chroniques pour la conception de l’ouvrage, avoue qu’il ignorait l’existence de ces chroniques de cinéma. Il avait toutefois un souvenir indélébile des chroniques politiques que René Lévesque avait signées un peu plus tard, à la fin des années 60, dans Le Clairon.

« C’est une autre preuve que Saint- Hyacinthe a été un berceau important de la presse écrite au Québec », souligne-t-il.

À l’époque, Le Clairon était un rival du Courrier de Saint-Hyacinthe. L’ex-maire de Saint-Hyacinthe, Télesphore-Damien Bouchard, en était le directeur et le propriétaire.

À travers tout le travail de recherche qui a été fait pour cet ouvrage, un mystère demeure toutefois entier : pourquoi et comment René Lévesque, qui habitait à Montréal à ce moment, s’est-il retrouvé à écrire pour Le Clairon? Personne ne le sait vraiment. On retrace toutefois qu’en plus de Saint-Hyacinthe, Le Clairon était publié dans les grands centres sous les noms Clairon-Montréal et Clairon-Québec.

« C’est un journal qui était très libéral et très frondeur par rapport au conservatisme, donc c’était un match parfait. Il y avait inévitablement des atomes crochus entre le journal et René Lévesque », analyse néanmoins le professeur de cinéma.

À travers ces chroniques, on découvre en René Lévesque un critique à la plume éblouissante, au style singulier, à l’ironie mordante et un brin fantaisiste, énumère Jean-Pierre Sirois-Trahan.

« Il a été l’un des premiers critiques modernes, sinon le premier au Québec. On se rend compte en le lisant que c’est un écrivain au sens plein du terme. Il avait vraiment une plume incroyable. Son point de vue sur le cinéma était très avancé. On lit chez lui des trucs qu’on va lire 10 ans plus tard. Il accueille la modernité et il a un point de vue très informé sur le cinéma. »

Claude Lévesque, fils de l’ancien premier ministre du Québec et ancien journaliste au Devoir, ignorait lui aussi le passé de critique de cinéma de son père. Il faut dire que les chroniques qu’il a signées étaient parues avant sa naissance.

« Pour moi, c’était une surprise totale. Je le savais cinéphile, oui, mais moyennement. Je ne savais pas qu’il était cinéphile à ce point. Dans la vie, on évolue, donc peut-être que le cinéma l’intéressait particulièrement à cette époque. »

La sortie du livre survient en pleine « Année Lévesque » alors que différentes initiatives sont déployées depuis juin pour souligner le 100e anniversaire de naissance de cette figure marquante du Québec. En lien avec le recueil Lumières vives, la Cinémathèque québécoise consacrera d’ailleurs une programmation spéciale en décembre aux films qui ont fait l’objet de critiques de René Lévesque.

« Même si vous n’avez pas vu les films qu’il critique, ses descriptions sont tellement visuelles qu’on réussit à voir les films sans les avoir vus », conclut Jean-Pierre Sirois-Trahan.

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