27 octobre 2022
Pour accroître la canopée à Saint-Hyacinthe
Un plan tout simple
Par: Le Courrier
Il n’est pas souvent question de canopée dans nos conversations de tous les jours. Ce mot qui désigne la partie de la forêt correspondant à la cime des arbres les plus hauts d’un peuplement forestier est apparu dans nos pages et nos conversations il y a environ deux ans, tout particulièrement à l’approche de la plus récente campagne électorale municipale.

On saluera Marijo Demers et Saint-Hyacinthe unie pour avoir placé la préoccupation environnementale au cœur des enjeux. Pétition à l’appui, l’aile jeunesse du parti politique maskoutain s’était aussi présentée à une séance du conseil municipal en avril dernier pour revendiquer la mise en place de mesures favorisant la conservation des milieux naturels et l’augmentation de la végétation urbaine en se basant sur l’indice de canopée. Or, personne ne pouvait établir avec justesse l’indice en question à ce moment. Il est bien difficile d’établir la destination visée quand on ignore d’où on part, non?

La bonne nouvelle, c’est que l’on connaît maintenant notre point de départ puisque la Ville de Saint-Hyacinthe vient de rendre publics les résultats du tout premier portrait de la canopée à la grandeur du territoire. La mauvaise nouvelle, c’est que les résultats ne sont pas vargeux.

On part de loin, de très loin. Et on ne sait pas trop où nos élus souhaitent nous amener. Ainsi donc, notre indice de canopée est de 10,5 %, avec une moyenne de 16 % dans les zones urbaines de la Ville et de 8 % dans les zones rurales et, disons-le, fortement agricoles. Les quartiers les plus verts sont le Domaine sur le Vert, Douville et Assomption entre 21 et 23 %, comparativement à Sainte-Rosalie et Saint-Sacrement dont l’indice est autour de 10 %.

Question de vous donner une référence afin de pouvoir apprécier un tant soit peu ces pourcentages, sachez que l’indice de canopée dépasse 25 % sur l’île de Montréal, qui inclut Montréal et 15 villes liées, selon un texte publié dans Le Devoir à la fin septembre. Bien entendu, on vous dira qu’il ne faut surtout pas faire l’erreur de comparer Saint-Hyacinthe avec d’autres villes qui ont chacune leurs caractéristiques propres, que c’est un peu comme si on comparaît des pommes et des choux, mais cela donne quand même une idée.

Il n’y a pas lieu de pavoiser avec un indice de 10,5 %, nous a dit en substance Christian Messier, un expert du département des sciences biologiques de l’UQAM, même si le maire André Beauregard estime que le portrait général « est beaucoup plus positif que ce à quoi on s’attendait. » Si tel est le cas, les attentes étaient ridiculement basses.

Ce qui semble faire l’unanimité, c’est notre potentiel d’amélioration.Maire et spécialiste s’entendent pour dire qu’il faut redorer, voire reverdir, notre canopée, ce qui se fera lentement, mais sûrement si on y consacre la volonté et les ressources nécessaires.

À cet effet, la Ville compte confier à une firme externe le mandat d’élaborer un plan d’accroissement de la canopée. Je ne suis pas un expert, loin de là, mais je vais risquer un plan maison tout simple et gratuit. Pour accroître de façon significative la canopée, il faut faire essentiellement deux choses à mon humble avis : planter des arbres et arrêter d’en couper.

Ou encore, en planter beaucoup plus que ce que l’on accepte de sacrifier pour des raisons de développement ou tout simplement parce qu’ils sont morts ou en mauvaise santé. À coup de 2000 à 2500 arbres plantés par année ici et là, on n’arrivera pas rapidement à renverser la vapeur. Et l’idée de forcer les promoteurs à remplacer (un pour un) chaque arbre coupé, comme ce sera le cas pour le Groupe Fari dans le boisé des Sœurs de la Présentation de Marie, manque nettement d’ambition.

Une proposition du professeur Messier mériterait d’ailleurs d’être retenue et développée. Il faut encadrer ce qui est planté par les citoyens et les promoteurs et planter au moins trois ou quatre fois ce qui est coupé en raison des mortalités importantes dans les premières années de vie d’un arbre. Bref, il faut des mesures beaucoup plus énergiques sur le terrain. Et sans doute aussi des décisions plus courageuses, voire radicales pour la protection des boisés et des milieux humides. C’est bien beau de vouloir préserver à tout prix le parc de la Métairie, mais si c’est pour mieux sacrifier des milieux humides et un boisé dans la cour du Cégep de Saint-Hyacinthe par exemple, la canopée n’en sortira jamais gagnante.

Et nous non plus.

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