Il y a d’abord eu les critiques fondées sur les problèmes d’accessibilité des lieux pour la clientèle présentant certains handicaps. Ensuite, la démarche de syndicalisation du personnel et les commentaires voulant que confier la gestion d’une bibliothèque à un organisme à but non lucratif était une façon détournée pour la Ville d’encourager le cheap labor. Une expression forte et inappropriée, mais qui témoigne d’une certaine réalité.
C’est maintenant au tour des artistes en arts visuels de rouspéter à l’égard du peu de soin apporté à la présentation des œuvres présentées dans le cadre d’expositions temporaires sur les murs de la salle multifonctionnelle.
Quand une artiste décide d’ajouter de l’éclairage d’appoint avec du ruban adhésif au-dessus de ses tableaux pour s’assurer qu’ils soient bien mis en valeur, on se dit qu’on a peut-être lésiné quelque part au moment de la planification ou de l’aménagement des lieux. Ces critiques, fondées encore une fois, ne sont pas virulentes ni incendiaires. Elles se veulent avant tout constructives.
Vu le peu d’opportunités qu’ils ont d’exposer leurs œuvres à la vue du public, on comprend nos artistes de ne pas vouloir se mettre à dos ceux et celles qui leur donnent accès à une rare vitrine, aussi imparfaite soit-elle. Mais il faut savoir que cette salle n’a pas la prétention d’être ce qu’elle n’est pas. La principale qualité d’un lieu multifonctionnel est de remplir plusieurs fonctions. Ce qu’elle fait bien jusqu’ici puisqu’elle accueille régulièrement des ateliers, des conférences, des projections et des expositions. J’y ai même fait mon entrevue de fin d’année en compagnie du maire André Beauregard en décembre dernier.
J’ai le souvenir d’une salle versatile, dépouillée, blanche et pourvue d’une très (ou trop) généreuse fenestration. Je ne suis pas un spécialiste, mais je m’imagine sans difficulté le défi que représente le fait d’y tenir des expositions temporaires et, par conséquent, les déceptions que cela peut générer. Ce n’est pas une salle d’exposition apte à rivaliser, par exemple, avec le centre de diffusion et de développement artistique Axart de Drummondville et elle n’a pas cette prétention. La directrice générale de la bibliothèque semblait bien au fait des doléances des artistes quand nous l’avons contactée pour obtenir ses commentaires. Elle dit poursuivre ses démarches auprès de la Ville de Saint-Hyacinthe, propriétaire des lieux, pour vérifier si certaines améliorations ne pourraient pas être apportées.
De toute évidence, des correctifs sont possibles. Reste à savoir si la Ville aura la même sensibilité face aux récriminations des artistes qu’avec celles des personnes handicapées, un dossier qui l’a fait mal paraître. Ce n’est pas la première fois que le milieu artistique émet des réserves et des critiques autour de la bibliothèque. Au printemps, Le Devoir et Le Courrier avaient tous les deux fait état d’une controverse autour de la sélection de l’artiste retenu pour la création d’une œuvre d’art numérique qui est attendue prochainement sur le terrain de la bibliothèque. Des apparences de conflits d’intérêts avaient été soulevées, le doute semé, même si la Ville a balayé le tout du revers de la main. Il n’en demeure pas moins que la Ville avait prévu de dépenser plus de 575 000 $ dans ce projet, en versant entre autres 245 000 $ à la firme responsable d’élaborer le concept et 120 000 $ à l’artiste devant concrétiser celui-ci. C’est quand même beaucoup d’argent quand on considère que, pendant ce temps-là, à l’intérieur de la bibliothèque de 30,5 M$, des tableaux sont présentés à la veilleuse.
Mais rassurez-vous, toutes ces bonnes histoires n’empêchent pas la Ville de Saint-Hyacinthe de remporter des prix avec cet équipement culturel à la fine pointe. Et si jamais ces trophées atterrissent un jour dans la salle multifonctionnelle, n’oubliez pas votre lampe de poche!