28 juillet 2022
Piétons et circulation
À vos risques et périls
Par: Le Courrier

Cette pauvre dame s’est retrouvée à la mauvaise place au mauvais moment quand elle a eu le malheur de croiser la route d’un camion à benne près d’une intersection où les feux de circulation étaient clignotants depuis un certain temps déjà.

Selon les premiers échos, il semble que le conducteur du camion ait fait son arrêt obligatoire sur le clignotant rouge. Mais à peine son virage amorcé, le drame s’est produit. Le camionneur n’a même pas eu le temps de terminer sa manœuvre.

Les autorités et même des élus parlent d’un accident bête, d’une distraction, d’une pure malchance. On en saura peut-être davantage quand le coroner aura achevé son rapport. Mais ce que l’on sait avec certitude, c’est que lorsqu’une malchance implique un piéton et un véhicule — et c’est encore plus vrai quand il s’agit d’un poids lourd —, les preneurs aux livres vont toujours favoriser le véhicule.

Soyons honnêtes, les piétons ne l’ont pas toujours facile à Saint-Hyacinthe. C’est encore plus vrai dans nos rues cet été. En plus des travaux routiers, dont celui interminable de l’avenue Saint-Louis, il y a quelques chantiers de construction d’envergure.

Conséquence? De très nombreux détours, des entraves multiples et de la circulation lourde à des endroits où il n’y en a pas fréquemment et où on ne s’y attend pas. Comme au centre-ville l’autre jeudi. À l’intersection des Cascades et de la Concorde, et à d’autres endroits sur l’avenue de la Concorde, il y a eu des signaleurs pendant un certain temps. Même chose dans les rues du quartier Saint-Joseph dans les premiers temps du chantier sur l’avenue Saint-Louis. Ils se sont toutefois volatilisés.

Au centre-ville, on a préconisé les feux clignotants afin d’assurer la fluidité de la circulation. Avec un certain succès. La fluidité de la circulation semble d’ailleurs être une grande priorité pour les autorités municipales. J’en suis, dans la mesure où on ne néglige pas la sécurité des piétons, considérant que la courtoisie n’est pas toujours la qualité première des automobilistes maskoutains. Pour avoir fait l’exercice à quelques reprises, traverser à une intersection où les quatre feux sont clignotants est un sport dangereux.

Le fardeau de la visibilité repose sur les épaules des piétons qui doivent anticiper les mouvements de circulation. L’accident mortel de jeudi dernier était-il le résultat d’une simple malchance ou quelque chose d’évitable? Difficile de trancher avec certitude, mais rien n’a changé depuis l’accident à cette intersection très fréquentée. La vie a continué comme si de rien n’était, sauf celle de la malheureuse victime bien entendu.

Ironie du sort, ce décès est survenu le jour même de la parution dans LE COURRIER d’une lettre ouverte écrite par l’organisme Piétons Québec. Son titre? « Retirer des trottoirs : un recul pour la sécurité et l’équité ». Voilà une prise de position sans équivoque dans un dossier qui s’est invité dans l’actualité estivale, alors qu’on le croyait passé.

Si on avait beaucoup parlé du plan directeur des trottoirs lors de son adoption en 2018, il n’y a rien comme voir des bouts de trottoirs être détruits devant chez soi sans être remplacés pour relancer une controverse. Et le pic des démolisseurs est très actif cet été.

Que faut-il penser de ce débat? Que la Ville paraît mal dans toute cette histoire.

On se dit qu’il faut être pauvre pas à peu près collectivement pour chercher à économiser sur des bouts de trottoirs et sur le dos des piétons. Et la Ville paraît encore plus mal quand elle essaie de défendre le retrait des trottoirs, là où il y en a deux, en évoquant la nécessité d’équité pour les résidents qui n’en ont pas dans les nouveaux quartiers. « Les trottoirs sont une infrastructure de base dans un milieu de vie et, pour tous les bénéfices qu’ils procurent, par équité, nous devons en ajouter là où ils sont absents, plutôt que de supprimer ceux qui sont existants », considère Piétons Québec.

Voilà un argument assez béton, non?

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