28 juillet 2022
carte blanche
Auto-triarcat
Par: Christian Vanasse
Christian Willie Vanasse

Christian Willie Vanasse


À chaque incident impliquant un tout puissant véhicule moteur et l’un des nombreux autres usagers de la route qui en sont dépourvus, il y a des commentaires du genre: « Soyez prudents les piétons! À vélo, faites donc attention. Mais pour qu’ossé faire qu’la maudite trottinette était pas sua piste cyclable? »

Ces réactions me prouvent que nous vivons en auto-triarcat. Une forme d’organisation sociale dans laquelle l’automobile exerce le pouvoir dans le domaine politique, économique ou détient le rôle dominant dans l’espace urbain par rapport à tous les autres usagers de la route. J’oserais même dire systémique dans un monde où chaque perte d’espace de stationnement est accueillie par les cris d’orfraie des défenseurs de l’asphalte, où chaque limitation de vitesse est une atteinte à nos précieuses libartés et où on blâme les piétons tout en leur enlevant des trottoirs.

Un système où l’automobile incarne à la fois le supérieur et l’universel, le mythe fondateur de notre civilisation, position censée lui octroyer une autorité et des droits sur les personnes dépendant d’elle. Pourtant, ce qui a permis à l’humanité d’exister c’est la position debout, qui nous a donné la parole, la pensée et l’intelligence d’un jour être en position assise et propulsée.

Alors, imaginez si on avait dessiné nos vies et nos villes autour du piétonarcat en mettant la marche sur un piédestal. En favorisant le cardio au lieu de l’auto, avec des trottoirs partout, des centres-ville entièrement « marchants », entourés de pistes cyclables et de transports en commun efficaces et variés. Le transport lourd dévié en périphérie et les déplacements individuels à l’aide d’un moteur à explosion, l’exception plutôt que la règle. Pour certains, ce serait un cauchemar, mais je dois avouer que juste pour ça, c’est mon rêve.

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