1 septembre 2022
Rentrée 2022
Avec de la broche
Par: Martin Bourassa
Martin Bourrassa

Martin Bourrassa

C’est fait, mais bien fait? Difficile à dire. Seule certitude, à l’heure actuelle, tout ce qui grouille, grenouille et porte un sac d’école sur son dos a repris le chemin des classes, en route vers une année scolaire imprévisible et inquiétante à plus d’un égard.

C’est du moins ce qui se dégage des informations qui nous arrivent depuis quelques jours et des publications qui circulent sur les réseaux sociaux. Y avait-il comme promis un adulte pour accueillir vos enfants à l’école et pour prendre en main sa classe? Cet adulte avait-il la tête de l’emploi, les compétences et la formation requises pour mener cette classe à bon port contre vents et marées jusqu’en juin? C’est le bonheur que je vous souhaite.

Car si les jeunes sont au rendez-vous, c’est pourtant loin d’être acquis pour les profs et le personnel professionnel et d’encadrement. On semble manquer de tout et pas mal partout.

On a beau se féliciter de vivre un retour à la normale à l’école, malgré une pandémie en sourdine, les signes avant-coureurs laissent présager une année scolaire très difficile. Si les deux premières années de pandémie nous ont tous confrontés aux failles du réseau de la santé, on dirait bien que la désorganisation s’est installée solide dans le réseau de l’éducation où la pénurie de main-d’œuvre fait maintenant craindre le pire dans un secteur où, justement, le pire ne devrait jamais survenir. À quelques jours de la rentrée, les signaux d’alarme étaient au rouge. Le ministre de l’Éducation, François Roberge, confirmait qu’il manquait encore l’équivalent de 500 enseignants à temps plein dans les écoles du Québec, donc des centaines et des centaines de pourcentages de postes à pourvoir, pavant la voie à une explosion du nombre de profs non qualifiés dans le réseau scolaire.

Les discours des directions d’école et de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) étaient une octave plus alarmiste. Elle estimait que la pénurie serait deux fois plus importante que le discours officiel en prenant en considération les contrats ainsi que les postes à temps partiel vacants. Localement, les paroles du directeur général du Centre de services scolaire de Saint-Hyacinthe se voulaient rassurantes, mais pas tant que ça.

Le capitaine du bateau ne peut quand même pas donner l’impression d’être aux commandes du Titanic. On sent toutefois que les marins autour de lui doivent ramer pas à peu près pour tenir le navire à flot. À l’aube de la rentrée, Jean-Pierre Bédard confiait au COURRIER qu’il restait encore des postes à pourvoir en enseignement dans ses écoles qu’il comptait combler au terme de blitz d’embauches. Vu l’urgence du moment, on croit comprendre que le prérequis minimal pour retenir l’attention du service des ressources humaines et hériter d’un groupe ou d’une classe était d’avoir un baccalauréat en n’importe quoi. J’exagère à peine.

Au cours du week-end précédent la rentrée, le CSSSH en était encore à recruter des enseignants en adaptation scolaire, au primaire et au secondaire, sans parler des postes vacants en conciergerie, de secrétariat ou de technicien en éducation spécialisée, bien que la priorité, on le comprend bien, était de pourvoir les postes en enseignement.

Toutes les écoles secondaires de Saint-Hyacinthe en étaient à essayer de dénicher des profs d’anglais, de mathématiques, de sciences, de français, alouette. Sans parler des centaines de postes qu’il fallait pourvoir dans les services de garde. Vous l’aurez compris, l’année pourrait être longue et pénible.

L’idée de cet éditorial n’est pas tant de vous alarmer. Plutôt de vous sensibiliser à une réalité : ça ne va pas bien du tout dans le monde de l’éducation, pas plus que dans le secteur de la santé. Et si je peux me permettre d’adapter les belles paroles de Karl Tremblay, des Cowboys fringants, j’aime pas ça savoir que nos écoles tiennent avec d’la broche.

Les vocations se font rares, les gens qui s’y retrouvent sont peu ou pas assez valorisés et les besoins immenses. Une réflexion en profondeur s’impose et toutes les idées sont les bienvenues. Ça tombe bien, la rentrée 2022 coïncide avec le lancement de la campagne électorale. Je vous invite donc à tendre l’oreille aux propositions des différents partis en matière d’éducation. En ce qui me concerne, c’est beaucoup plus essentiel à l’avenir de la nation québécoise qu’un troisième lien dans le coin de Québec, que ledit lien prenne la forme d’un pont ou d’un tunnel. Je dis ça, je dis rien.

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