16 juin 2022
Avec son nouveau roman Vies parallèles
Benoît Côté imagine le Québec du « Oui »
Par: Maxime Prévost Durand
L’auteur maskoutain Benoît Côté a dévoilé ce printemps son troisième roman, Vies parallèles, dans lequel une histoire de contre-espionnage se trame avec comme toile de fond le décor d’un Québec devenu souverain en 1995. Photo Adam Bolestridge | Le Courrier ©

L’auteur maskoutain Benoît Côté a dévoilé ce printemps son troisième roman, Vies parallèles, dans lequel une histoire de contre-espionnage se trame avec comme toile de fond le décor d’un Québec devenu souverain en 1995. Photo Adam Bolestridge | Le Courrier ©

Et si le Québec était devenu un pays lors du référendum de 1995, que serait-il aujourd’hui? Avec son troisième roman, Vies parallèles, l’auteur maskoutain Benoît Côté plonge tête première dans cette uchronie avec une histoire qui prend des allures de thriller.

À travers une intrigue de contre-espionnage, le jeune quarantenaire imagine le décor d’un Québec où le « Oui » l’a emporté.

« C’est une idée que j’avais depuis longtemps, souligne Benoît Côté. C’est un événement important de mon adolescence [le référendum]. J’avais 14 ans à l’époque et ça brassait beaucoup chez moi parce que ma mère est anglophone et mon père est québécois francophone. Saint- Hyacinthe était une ville très nationaliste. J’étais trop jeune pour voter à ce moment, mais quand je suis arrivé dans la vingtaine, je me suis demandé ce qu’aurait été ma vie si on était devenu un pays. Je pense que ça aurait été hot d’être dans la vingtaine dans un pays en construction. »

Dès les premières pages de cette fiction, on constate que l’idéologie qui accompagnait le mouvement souverain s’est perdue une fois le pays formé. La nouvelle république est devenue un paradis fiscal, axé sur sa croissance économique au détriment de plusieurs autres sphères de la société. La protection de la langue française s’est aussi effritée.

« Je pense que ça pourrait être une possibilité, avance Benoît Côté. On comprend que le Québec a viré plus à droite. »

L’auteur se glisse lui-même dans la peau du protagoniste, un banquier à la HSBCQ qui transige principalement en Europe de l’Est, surtout avec la Russie. Bref, il s’invente un destin complètement différent de la réalité, se projetant dans cette vie parallèle qu’il aurait pu mener dans un Québec souverain où l’art et la culture ne sont plus autant valorisés.

Plusieurs personnalités publiques, comme Jean Chrétien, Dédé Fortin, Jacques Parizeau et Richard Desjardins, subissent aussi le jeu de cette réalité alternative et voient leur destin être revisité dans cette histoire.

« Ce sont des gens qui font partie de ma vie depuis des années. Je ne les ai jamais rencontrés, mais ils deviennent des personnages dans notre vie. Au même titre que je me mets en scène dans une vie complètement différente, je voulais faire la même chose avec eux. Je trouvais ça intéressant de faire une évolution parallèle avec ces gens-là, tout en restant fidèle à eux-mêmes et à leur caractère. »

L’écrivain déconstruit également certaines références de notre quotidien. Le trafic aérien de Montréal passe par l’aéroport René-Lévesque (plutôt que Pierre-Elliot Trudeau) et les Canadiens de Montréal sont vendus et sont remplacés par une équipe nommée les Patriotes.

Au cœur de l’intrigue, le personnage de Benoît Côté renouera avec un ami d’université, Mathieu Rancourt, avec qui il avait étudié l’histoire avant de bifurquer vers le monde des finances. Ce dernier est président de la Société d’histoire du Québec et il tentera de convaincre Benoît de revenir à ses premières amours en écrivant pour lui un texte où il imaginerait ce que serait devenu le Québec si le « Non » l’avait emporté en 1995. Hésitant à accepter, Benoît verra finalement sa vie être bouleversée de façon inattendue à la suite de la réponse qu’il donnera.

À travers cet exercice d’écriture, l’auteur a été amené d’une certaine manière à porter un regard sur le Québec dans lequel on se trouve aujourd’hui.

« J’ai été membre du Parti québécois et j’ai été souverainiste. S’il y avait un référendum demain matin, je voterais oui c’est sûr, commence-t-il par dire. Mais dans ce livre, il y a une forme d’amour du Québec de maintenant, une acceptation de ce qu’on est comme nation. C’est fatigant de vivre sa vie dans ce qu’on aurait pu être, de dire que ça aurait pu être tellement mieux le Québec maintenant si on avait été souverain. C’est un sentiment que j’ai porté longtemps dans ma vie et, avec ce livre-là, c’est un peu comme si je venais le casser. »

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