16 juin 2022
Bernard Drainville à la CAQ : une réflexion s’impose
Par: Le Courrier

Tous celles et ceux qui, comme madame et moi, ont pu assister, en 2010, à une séance de leur tournée, L’ABCD de la souveraineté, et entendre les mots prononcés par chacun des membres de cet électrisant quatuor dans leur spécialité respective en gardent un heureux souvenir. On en revenait tellement plus rassurés pour les uns, plus fermes pour les autres dans cette conviction de l’importance de se donner un pays bien à soi pour nous épanouir sainement comme peuple à la face du monde entier plutôt que de nous éteindre tranquillement et maladivement au sein d’un Canada dominant.

Jean-Martin Aussant, économiste compétent et reconnu mondialement, pour la chose économique sous tous ses angles d’un pays en devenir riche de son monde entreprenant et de ses ressources naturelles multiples. Yves-François Blanchet, enseignant et agent d’artistes, pour l’importance de préserver notre culture québécoise aux multiples facettes, avec son monde créateur et notre langue française si belle à chanter. Alexandre Cloutier, avocat et spécialiste en droit constitutionnel, pour tous les aspects légaux et juridiques de ce grand et noble projet de société qui veut que l’on se positionne intelligemment sur l’échiquier mondial autant que nord-américain, en ne nous oubliant surtout pas. Et, en grande et magistrale finale, Bernard Drainville, homme aux multiples talents, journaliste de renom et grand orateur devant la nation, pour enrober le tout de bien flamboyante manière dans un drapeau québécois appelé avec force et détermination à devenir celui d’un pays indépendant.

J’y crois toujours. De plus en plus, même. Et il m’est difficile, pour ne pas dire pénible, de penser que Bernard Drainville n’y croit plus au point de passer à la CAQ pour nous voir agoniser collectivement dans le multiculturalisme canadien voulu par Pierre-Elliot et Justin Trudeau.

Car, qu’on se le dise, avec François Legault, comptable et homme d’affaires, comme premier ministre, la toujours province de Québec va peut-être un jour être mieux à même de se comparer à l’Ontario en matière, d’une part, de salaires versés aux travailleuses et travailleurs québécois et, d’autre part, de je ne sais plus quoi encore que nous n’avons pas déjà de si cher à ses yeux de caisse enregistreuse. Mais, qu’on se le dise aussi, ce fait français et cette culture particulière qui sont les nôtres s’effaceront graduellement au fur et à mesure de l’enrichissement de certaines personnes dirigeantes, québécoises ou pas, et de leurs entreprises, nationales ou étrangères, mieux capables à grand renfort de subventions et d’autres formes d’un support financier se faisant en millions, voire en dizaines de millions de dollars de notre argent, de se développer chez nous pour bien se positionner sur les marchés canadien, Québec compris, nord-américain ou autrement étranger.

C’est là toute la différence à faire, à mon sens, entre les signes de piastres, pour les uns, et le signe des temps, pour les autres. Un signe des temps qui voudra qu’un peuple, le nôtre, se diluera dans la masse. Un signe des temps aussi qui voudra que nos environnements naturels avec leur biodiversité auront à souffrir des empiétements constants sur des forêts et des milieux humides, riverains ou aquatiques mal protégés par un ministre Charrette (non?) (ir?)responsable de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC). Un ministre qui défend surtout et bien hardiment l’abaissement des normes de protection, y compris celles touchant la santé des gens pour permettre la réalisation de projets domiciliaires, commerciaux, industriels, forestiers, miniers, etc., considérés nuisibles en semblables espaces par un peu tout le monde et son père… mais pas par ses pairs du conseil des ministres.

Tellement de constats, d’études sérieuses et d’enquêtes de fond sont déjà là pour nous démontrer tout ça. Ne pas oublier que tout ce beau monde était, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, 2020-2021, pro-développement partout de l’industrie du gaz de schiste, pro-réalisation à Saguenay du projet d’usine de liquéfaction du gaz naturel provenant des puits fracturés de l’Alberta et pro-construction du gros gazoduc pour l’amener jusque là.

Maintenant, par ailleurs et pour tout ce qui a trait plus particulièrement au dossier des immigrants dont il est toujours beaucoup question, les personnes étrangères qui, légalement ou illégalement, mettent le pied au Québec arrivent encore et toujours au Canada. Et, pour le très gros de l’histoire, auront encore et toujours des comptes à rendre surtout au gouvernement canadien, s’ils veulent bien demeurer sur place, dans ce Canada uni voulu maintenant par François Legault et ses amis de fortune.

L’air de rien, comme ça, je l’aime bien M. Legault. Je l’aimais mieux quand il nous avait préparé le budget de l’An 1 d’un Québec indépendant. Il en va pour lui comme il en va pour Bernard Drainville, Caroline St-Hilaire, Lucien Bouchard et tous les autres nationalistes, souverainistes, indépendantistes et séparatistes de cœur présents au sein de la CAQ, de Québec solidaire, du Parti conservateur et, peut-être même, du Parti libéral du Québec. Je les aime bien, mais je me dis que nous aurions bien besoin d’elles et eux pour garder le cap sur le projet de pays, ce grand projet national qu’ils reconnaissent volontiers comme toujours nécessaire, plutôt que sur leur projet individuel de gens qui ont choisi de démissionner et de ramer à reculons.

Un projet de pays, vous dis-je. Un pays fier et accueillant avec une population fière d’elle-même et accueillante pour les autres. Pour tous ces gens venus de ces ailleurs par trop souvent difficiles à vivre en équilibre compte tenu de certaines conjonctures dans leurs pays d’origine. Des gens qui auront choisi de s’établir dans un Québec francophone et culturel différent. Un Québec libre et maître de sa destinée populaire parce que maître de tous les moyens requis pour garder ses repères et assurer sa survie en terre d’Amérique. Un pays bien québécois choisi aussi par d’autres pour y vivre heureux, en paix et en sécurité.

Et, de ça, je ne suis pas sûr du tout que nous allons y arriver avec les Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation (MEI), Guy LeBlanc, bonne connaissance du ministre placé par lui à la tête d’Investissement Québec (IQ), et consorts. Ces gens injectent l’argent des contribuables que nous sommes sans que nous sachions trop chez qui et pourquoi, comme trop souvent souligné par les partis d’opposition et la Commissaire à l’éthique. Ces personnes et leurs amis ont des intérêts autres, c’est le cas de le dire, que linguistique, culturel, sociétal et environnemental.

Cela dit, en terminant, je vous invite à écouter ce que Paul St-Pierre Plamondon à vous dire d’ici les prochaines élections « provinciales ». Plus j’écoute parler cet homme de grande sagesse et résilience, un homme que je ne connaissais pas auparavant, plus je me dis que c’est lui qui a raison. Le pays du Québec est à nos portes. Il nous revient et appartient d’y voir sans peur, comme souhaité par Jacques Parizeau.

Je m’étonne de savoir que les organisateurs de « L’année René Lévesque » n’avaient pas d’entrée de jeu invité Paul St-Pierre Plamondon, actuel chef du Parti québécois, à prononcer à ce titre un seul mot dans le cadre de cet événement d’ouverture voulant souligner de manière posthume le 100e anniversaire de naissance du grand homme que l’on sait, fondateur du PQ. C’était honteux de leur part et, heureusement, ils ont accepté de se raviser… tellement tout le monde avait trouvé ça indécent. « L’année René Lévesque » se veut non seulement une commémoration de ses années de vie, mais aussi, et surtout, un rappel de son engagement de tous les instants cherchant à nous faire prendre conscience de ce que nous sommes vraiment : un grand peuple.

À nous, toujours vivants et braves, le 3 octobre prochain, de leur faire savoir post mortem qu’ils avaient raison.

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