3 février 2022
Amendes de la Ville de Saint-Hyacinthe à Sanimax
Ça sent mauvais
Par: Le Courrier

« L’imposition de constats permet d’exercer une certaine pression, mais ce n’est pas suffisant. Ce n’est pourtant pas une raison de baisser les bras, car nous sommes très sensibles à la situation inacceptable vécue par les citoyens vivant à proximité de l’usine. »

Nous avons tiré cette citation de l’ex-maire Claude Corbeil d’un communiqué de presse émis par la Ville de Saint- Hyacinthe le 21 septembre 2020 dans lequel elle annonçait l’imposition d’un deuxième constat d’infraction de 1000 $ à Sanimax en raison des odeurs nauséabondes générées par les activités de ses installations du secteur Sainte-Rosalie.

Un premier constat du même montant lui avait été donné au début de l’été.

Cette sortie publique du maire visait à calmer la colère des résidents incommodés par les mauvaises odeurs inhérentes aux opérations de Sanimax, particulièrement lors des canicules estivales. En tout et partout, la Ville a recensé pas moins de 25 plaintes formelles de citoyens contre Sanimax en 2020 et 2021, pour un total de 32 depuis cinq ans.

Ce ne sont pas des effluves de pétales de rose et de patchouli, mais de charogne qui peuvent embaumer le voisinage quand une entreprise opère, comme c’est le cas pour Sanimax à Saint-Hyacinthe, un centre de transbordement où transitent des carcasses d’animaux morts.

Et la puanteur est souvent au rendez-vous, au grand dam des citoyens qui peuvent toutefois se consoler par la très grande sensibilité (!) dont font preuve les élus et leur détermination à ne pas baisser les bras pour mettre Sanimax au pas.

Ces belles paroles du maire Claude Corbeil n’étaient que de la poudre aux yeux. Nos lecteurs ont appris la semaine dernière que Sanimax n’a pas payé une cenne noire de ces amendes au montant ridicule. Le pire, c’est qu’elle n’a même pas eu à se battre pour y arriver. Ce sont les élus eux-mêmes qui ont décidé de retirer en douce ces amendes à la suite de la bonne foi (!) manifestée par les dirigeants de l’entreprise lors de négociations.

Ces derniers ont convaincu la Ville qu’ils allaient moderniser leurs installations et modifier leurs pratiques de façon à atténuer les désagréments liés à leurs activités maskoutaines. Et comme la Ville est soucieuse de bien dépenser votre argent, elle a jugé qu’il ne servirait à rien de s’engager dans de longues et coûteuses procédures pour récupérer 2000 $ d’amendes.

La Ville n’a pas publié de communiqué pour annoncer cette décision prise en séance plénière. Une décision appuyée par le conseiller du district Sainte- Rosalie, qui a raté une belle occasion d’enregistrer sa dissidence. Il lui sera bien difficile à l’avenir de convaincre les gens qu’il est prêt à tout pour les défendre. Oui, il y a parfois des combats qu’il faut mener à tout prix et il nous apparaît que Saint-Hyacinthe aurait dû agir avec plus de fermeté et de cohérence à l’égard d’une entreprise qui a encore tout à prouver.

D’autres administrations n’ont pas hésité à aller au bout de leurs convictions et ont obtenu gain de cause contre Sanimax dans des dossiers similaires. Il faut savoir que cette entreprise, qui possède aussi des installations à Montréal et à Lévis, n’est pas du genre à payer ses amendes les yeux fermés. Dans un dossier, La Presse nous apprenait en octobre dernier que depuis 2014, Montréal a remis à Sanimax 23 constats d’infraction totalisant près de 1 M$.

L’entreprise a payé 45 000 $ d’amendes et environ 200 000 $ restent en suspens puisque Sanimax conteste sept autres condamnations en appel. Dans les autres dossiers, la cour municipale a disculpé l’entreprise dans huit infractions et la Ville a retiré ses constats pour six infractions.

Si la Ville de Saint-Hyacinthe estime pour sa part qu’il serait ridicule de dépenser quelques milliers de dollars pour en récupérer 1000 $, on lui suggère de s’interroger sur le montant des amendes imposées aux grandes entreprises qui n’en font qu’à leur tête. Pas certain qu’une amende de 1000 $ ici et là ait un effet dissuasif quand on s’appelle Sanimax.

Bref, on retiendra de cette histoire nauséabonde qu’à Saint-Hyacinthe, les économies passent avant la défense des grands principes. On vous suggère donc de penser à cette histoire la prochaine fois que vous recevrez un avis d’infraction d’un inspecteur municipal pour avoir arrosé votre jardin la mauvaise journée de la semaine ou pour avoir organisé une vente de garage le vendredi soir, la veille du Parcours des trouvailles.

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