3 mars 2022
Palais de justice
Ce n’est pas trop tôt
Par: Martin Bourassa
Martin Bourrassa

Martin Bourrassa


La route vers la construction d’un nouveau palais de justice à Saint-Hyacinthe est longue, sinueuse et parsemée d’embûches, mais on a l’impression qu’on vient enfin de parvenir à une étape cruciale, à défaut d’arriver à destination.

L’inauguration du palais de justice temporaire permet d’entrevoir la suite avec optimisme, même si les prochains mois, voire les trois prochaines années, s’annoncent un peu pénibles au centre-ville, déjà en mal de professionnels pour animer ses journées, commerces et restaurants. Trois ans, c’est le délai qu’a donné le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, avant qu’il soit possible de revenir à la case départ, ce qui semble plus réaliste que les 5 à 7 ans qui ont jadis été évoqués quand il était question des travaux envisagés.

Plus l’échéancier sera court et moins il y aura de dommages collatéraux, d’autant plus qu’il y a déjà belle lurette qu’on tergiverse sur ce projet, ses moutures et ses budgets. L’agrandissement et la rénovation de notre palais de justice figurent au Plan québécois des infrastructures depuis près de 15 ans. Tant et si bien que la rénovation estimée à 30 M$, puis à 50 M$, a définitivement été écartée au profit d’une reconstruction pure et simple sur le site de l’ancien bâtiment, mais en façade de la rue Dessaulles.

Le coût de la reconstruction reste encore à définir. Tous les contrats n’ont pas encore été octroyés, mais le chiffre des 100 M$ sera très certainement atteint, voire éclipsé. À l’automne 2019, nous voguions déjà allègrement vers une cible de 96 M$, considérant le coût d’aménagement du palais de justice temporaire estimé à 16,2 M$. La somme de 80 M$ était pour sa part associée à la démolition et à la construction du palais de justice de remplacement. Sauf que c’était avant la pandémie, la flambée des coûts des matériaux et l’explosion des coûts de construction inhérents à tous les projets de construction d’envergure, ou pas. C’est cher payé, même très cher, on vous l’accorde, mais c’est un investissement qui se réalise chez nous et à proximité du centre-ville. Cela nous permettra de bénéficier d’un palais de justice plus vaste, sécuritaire, moderne et fonctionnel, un palais de justice qu’on promet mieux adapté à la réalité technologique d’aujourd’hui. Bref, tout ce que n’était pas l’ancien, qui tombera bientôt sous le pic des démolisseurs. Ce sera certes une délivrance pour ceux et celles qui le fréquentaient sur une base assidue, hormis peut-être pour quelques amateurs de patrimoine contemporain qui auraient préféré une remise en état.

Mais disons le franchement, surtout dans une ville comme Saint-Hyacinthe qui n’est pas dépourvue d’enjeux patrimoniaux, il importe de bien choisir nos combats. Celui de la sauvegarde du vieux palais de justice construit pour 1,9 M$ au début des années 1960 et portant la signature des architectes Desnoyers Brodeur Mercure n’en était pas un. Dire qu’il avait très mal vieilli et avait très mal été entretenu n’est que vérité. Rappelez-vous ce qu’en disait déjà le bâtonnier en avril 2013 : « Mauvaise construction, corridors étroits, manque de salles d’audience et de locaux pour rencontrer les témoins, présence d’une salle de toilettes dans une salle d’audience, etc. »

Le jugement était sans appel et il a d’ailleurs été confirmé par la Société québécoise des infrastructures qui coordonne l’opération de remplacement. À terme, on aura aussi greffé au palais de justice un stationnement intérieur réservé à la magistrature, ce qui n’est certes pas un luxe comparativement à la situation à risque qui prévalait jusqu’ici.

Un autre chantier d’envergure animera donc notre centre-ville pour une bonne période, preuve que notre centre-ville est en voie de se transformer de tout bord tout côté, autant dans les secteurs résidentiel qu’institutionnel. Espérons que le secteur commercial pourra en sortir regaillardi lui aussi et que les professionnels auront envie de revenir s’y installer.

La situation au siège social d’Intact Assurance, rue Girouard, laisse encore planer une certaine dose d’incertitude puisque le recours au télétravail y a fait ses preuves en temps de pandémie et pourrait bien faire partie de la nouvelle normalité pour plusieurs employés.

Dans ce contexte, tous les projets rassembleurs qui sont susceptibles d’apporter du sang neuf au centre-ville sont les bienvenus. Mais encore fallait-il s’assurer que notre palais de justice y reste pour longtemps. C’est mission accomplie.

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