14 avril 2022
Un centre de congrès de 40,7 M$
Cher payé pour un plan B
Par: Le Courrier
Martin Bourrassa

Martin Bourrassa


Quarante millions sept cent mille dollars et des poussières. Voilà le montant total qui a été investi par la Ville de Saint-Hyacinthe dans la construction du centre de congrès municipal, élément incontournable à la relance du tourisme d’affaires chez nous.

Oui, c’est une somme considérable. Est-elle exagérée pour autant? Avez-vous l’impression d’en avoir eu pour votre argent? Les réponses varient selon les interlocuteurs. Le maire actuel et son prédécesseur vous diront que c’était là le prix à payer et que c’est de l’argent qui a été bien dépensé. Il faut le souhaiter. Mais il est quand même permis de se demander si les Maskoutains auraient été enthousiastes à l’idée d’investir autant dans cet équipement s’ils avaient su dès le départ son véritable coût.

On se souviendra que le règlement d’emprunt de 23,7 M$ qui a permis de lancer les travaux a passé difficilement l’étape du registre. Ce n’est pas pour rien que l’administration municipale n’a jamais osé rehausser l’emprunt au fur et à mesure que le projet gonflait, par crainte de voir l’opposition citoyenne le plomber. On a préféré puiser dans le bas de laine municipal pour combler le manque à gagner (12,7 M$). Tant et si bien que le centre de congrès que l’on nous avait vendu pour 25 M$ aura coûté 40 M$. Notons également qu’au moment de la première pelletée de terre à l’automne 2016, la Ville et son partenaire privé, à savoir les Centres d’achat Beauward, avaient chiffré l’investissement requis à la construction du complexe intégré (hôtel/congrès) à plus de 65 M$. Un chiffre depuis longtemps révolu.

Faut-il considérer tout cet argent comme une dépense ou plutôt un investissement? Dans le cas du centre de congrès, le retour sur l’investissement est concret. Les retombées se calculent entre autres en revenus de taxes, en dépenses, en congressistes et accompagnateurs, en banquets, en conférences, en salons et tutti quanti. Sans oublier les investissements qui en découlent et qui se sont greffés autour, ainsi que le rayonnement que nous procure la présence d’un centre de congrès régional avantageusement situé.

La ville de Saint-Hyacinthe avait-elle besoin d’un centre de congrès? Absolument. Il fallait combler le vide laissé par la démolition de l’Hôtel des Seigneurs et son centre de congrès. Et nous n’avons certainement pas perdu au change, même si c’est cher payé comme plan de rechange pour remplacer ce qui existait déjà et se débarrasser d’un syndicat.

Le vrai scandale ne réside pas tant dans le coût de remplacement du complexe hôtelier/congrès que dans l’absence de subventions, alors que des projets similaires ailleurs au Québec ont pu en profiter. Pensons au centre de foires Centrexpo de 30 M$ à Drummondville qui a reçu 13 M$ de Québec et d’Ottawa. Les gouvernements supérieurs avaient aussi consenti une subvention de 11,6 M$ à la Ville de Sherbrooke pour la construction de son centre régional de foires. Saint- Hyacinthe n’a pas reçu une cenne des autres paliers de gouvernement. Ce fut peut-être, diront certains, le prix à payer pour s’associer à un partenaire relié à un dirigeant qui avait mauvaise presse à l’époque.

Fort heureusement, ce partenaire n’a pas lésiné et a livré un hôtel de grande qualité. Il a su s’acquitter de sa part du contrat, rien à redire. Rappelons aussi que Beauward héritera du centre de congrès municipal à l’expiration du bail emphytéotique de 40 ans signé en juin 2016. Un centre de congrès que la Ville s’est engagée à rénover à mi-parcours, sans jamais chiffrer le montant qu’elle compte y consacrer. On peut présumer qu’il faudra calculer les rénovations en millions de dollars supplémentaires. Et parmi les zones d’ombre qui subsistent autour du centre de congrès, il y a cette gestion déléguée à un opérateur privé qui complique et limite toute reddition de comptes publique. Difficile de mesurer le retour sur l’investissement et la rentabilité de cet équipement quand les états financiers restent cachés. Et dans la mesure où la pandémie a mis à mal toute l’industrie des congrès, bien malin qui pourrait prédire l’avenir de telles installations. Si c’était à refaire en 2022, pas sûr que la Ville et Beauward auraient tous les deux dépensé autant. Alors, aussi bien s’accommoder de ce qui a été fait et bien fait et souhaiter que cette aventure soit un franc succès pour tout le monde, à défaut d’être une véritable mine d’or.

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