8 février 2024 - 03:00
Fermeture de l’imprimerie TC Transcontinental
Choc, consternation et action réclamée
Par: Adaée Beaulieu
Les installations et le terrain de l’imprimerie TC Transcontinental de Saint-Hyacinthe, à l’intersection des boulevards Choquette et Casavant Ouest, seront mis en vente. Photothèque | Le Courrier ©

Les installations et le terrain de l’imprimerie TC Transcontinental de Saint-Hyacinthe, à l’intersection des boulevards Choquette et Casavant Ouest, seront mis en vente. Photothèque | Le Courrier ©

L’onde de choc provoquée par l’annonce de la fin des activités de l’imprimerie TC Trancontinental et les quelque 190 licenciements qui viennent avec a été fortement ressentie à Saint-Hyacinthe.

Pour la petite histoire, cette décision marque la fin d’une activité d’impression qui y a débuté en 1976, sous l’impulsion de Denis Chartier, alors propriétaire de DBC Communications et éditeur du COURRIER. Trois ans plus tard, M. Chartier et ses deux associés décidaient de vendre l’Imprimerie Chartier à Rémi Marcoux, fondateur de Transcontinental. Cette acquisition stratégique fut l’un des tout premiers jalons qui permettront à cette entreprise de devenir un leader de l’impression, de l’emballage et de l’édition en Amérique du Nord.

L’imprimerie maskoutaine a déjà fait travailler plus de 300 personnes

Fils de Denis Chartier et aujourd’hui président et éditeur des journaux de DBC Communications, Benoit Chartier a encaissé la nouvelle de la fermeture difficilement, lui qui a toujours entretenu une relation de proximité avec cette imprimerie où a même été imprimé LE COURRIER jusqu’au milieu des années 1980. « C’est une nouvelle consternante. J’ai beaucoup de peine pour les employés et leur famille. Voilà une épreuve éprouvante ainsi qu’une très mauvaise nouvelle pour Saint-Hyacinthe qui perd un employeur de choix. »

Benoit Chartier ne peut s’empêcher de penser que cette fermeture prématurée est en bonne partie attribuable à la cabale de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, à l’égard des circulaires et du Publisac, un modèle basé sur le gaspillage, selon ses dires. Au printemps 2022, elle avait annoncé qu’à partir de mai 2023, les résidents qui désirent recevoir le Publisac devraient se doter d’un autocollant qui serait offert par la Ville, une option impossible à gérer, selon Transcontinental. Des municipalités comme Mirabel avaient cherché à interdire la distribution du Publisac ou envisageaient de le faire, ce qui a sonné le glas du Publisac dont le contenu était essentiellement imprimé à Saint-Hyacinthe.

« Avec la fermeture récente de journaux à Montréal, la mairesse Plante avait déjà du sang de journalistes sur les mains. S’ajoute maintenant celui des travailleurs de l’imprimerie et des distributeurs de journaux, a-t-il dit de façon imagée. Ces emplois perdus ne sont pas étrangers à la lutte qu’elle a livrée. J’ai toujours dit qu’il y aurait des conséquences à cette lutte et nous ne faisons que commencer à les voir. Avec l’abandon du Publisac, il n’est pas dit qu’il n’y aura pas d’autres supressions de postes ou fermetures dans l’industrie », dit celui qui préside l’association Hebdos Québec, regroupant quelque 125 hebdomadaires.

La députée caquiste de Saint-Hyacinthe, Chantal Soucy, a aussi eu des mots très durs à l’endroit de la mairesse de Montréal. « Mes pensées sont avec les employés de l’imprimerie TC Transcontinental qui perdront leur emploi ainsi qu’avec les propriétaires qui sont contraints de fermer leur imprimerie de Saint-Hyacinthe. Le dogmatisme et l’absence de collaboration de la mairesse de Montréal auront fait perdre près de 200 emplois chez nous et auront accentué la fragilité des médias locaux à travers le Québec », a-t-elle réagi sur Facebook.

Pour sa part, le maire de Saint- Hyacinthe, André Beauregard, a appris la fermeture de l’imprimerie maskoutaine le jour même via le communiqué officiel. « Ce ne fut vraiment pas une bonne journée pour Saint-Hyacinthe d’apprendre qu’elle allait perdre cette usine et autant d’emplois. Je souhaite le meilleur aux employés et à leur famille », a-t-il commenté lorsque joint par LE COURRIER.

Il espère qu’ils pourront rapidement se retrouver du travail, même s’il est bien conscient que les conditions ne seront probablement pas les mêmes ailleurs.

M. Beauregard mise sur une vente rapide de l’usine. « Ce qu’on peut espérer pour la suite, c’est que quelqu’un récupère cette bâtisse-là pour y installer une autre entreprise qui embauchera des Maskoutains. »

La directrice générale de Saint-Hyacinthe Technopole, Karine Guilbault, travaille déjà en ce sens. Une rencontre avec TC Transcontinental est prévue pour savoir comment accompagner l’entreprise dans la vente des installations. Le site a un bon potentiel puisqu’une partie du terrain pourrait être subdivisée.

Pour sa part, le député fédéral Simon-Pierre Savard-Tremblay a aussi partagé son désarroi. « C’est d’une grande tristesse, mes pensées vont avec les quelque 200 employés. L’impact de la fin de la distribution du Publisac, dans la foulée de son interdiction sur le territoire montréalais, exerce une pression supplémentaire sur nos médias régionaux. Vous pouvez compter sur le Bloc québécois pour exercer des pressions sur Ottawa afin qu’il soutienne nos hebdos. »

À ce sujet, Benoit Chartier souhaite que les gouvernements trouvent le moyen d’atténuer l’impact de la fin du Publisac sur la distribution des journaux. Pour ceux qui se tourneront vers la distribution postale, la facture sera salée.

« Les éditeurs ne demandent pas la charité ni une distribution à coût zéro par Postes Canada, mais nous avons besoin d’un support accru, avant que tout l’écosystème médiatique ne s’effondre en région. Ce n’est même pas une menace, que la triste réalité. »

En collaboration avec Martin Bourassa.

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