12 janvier 2023
Crise du verglas : l’éditeur du COURRIER se souvient
Par: Le Courrier
Photothèque | Le Courrier ©

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Au terme d’un mois de travail acharné le 28 janvier 1998, c’est un éditeur fier et reconnaissant qui s’était adressé directement aux Maskoutains au sortir de la crise du verglas. Ses mots d’autrefois que nous reproduisons aujourd’hui donnent la parfaite mesure de ce qu’aura été cet épisode inédit de l’histoire maskoutaine. Au-delà de tout ce qui a été dit sur l’extraordinaire élan de solidarité qui s’est manifesté à tous les niveaux il y a de cela 25 ans, la crise du verglas aura permis de sceller à jamais le lien fort qui existait déjà entre Le Courrier de Saint-Hyacinthe et ses lecteurs et de réaffirmer l’importance d’un journalisme de proximité fort sur le terrain.

Trois éditions spéciales distribuées gratuitement, c’est-à-dire 75 000 copies. Cent seize pages de textes et de photos, d’informations rédactionnelles et publicitaires sur un événement dont on n’a pas encore fini de mesurer les conséquences, positives et négatives. Nous avons été le premier journal de la région à vous renseigner sur les effets de la tempête et le seul hebdomadaire de la région à couvrir en long et en large tous les aspects de cet événement d’une ampleur telle que les médias du monde entier en ont parlé. Parce qu’il y allait de l’intérêt public, parce que les Maskoutains voulaient et devaient savoir, nous avons publié trois éditions en moins de 10 jours. Gratuitement.

Me permettrez-vous en premier lieu de saluer le professionnalisme et la détermination des employés du journal Le Courrier et du journal Le Clairon régional?

Comme vous, ils étaient « sinistrés », chassés de leur foyer et forcés de vivre dans des conditions sinon d’inconfort, du moins inhabituelles. Comme vous, ils ont logé leurs proches dans des endroits sécuritaires, parfois à de longues distances pour mieux se consacrer à leur devoir, celui de vous informer, de vous renseigner, de vous montrer et de vous expliquer ce qui se passait.

L’un avait une mère malade, l’autre un tout jeune bébé hébergé à plus de 150 kilomètres, tous s’inquiétaient pour des parents et des amis. Mais ils sont restés pour fouiller la nouvelle, pour la photographier, pour se rendre disponibles aux annonceurs, pour effectuer le montage des pages, pour distribuer dans des conditions souvent hasardeuses le journal, pour assurer l’entretien de l’édifice.

C’est normal, nous sommes un journal, le doyen des journaux français de toute l’Amérique du Nord. Mais peut-être l’avez-vous lu dans l’édition L’enfer de glace, sous la plume du rédacteur en chef, les conditions physiques de travail étaient loin d’être enthousiasmantes. Nous sommes allés personnellement aller quérir trois génératrices dans la région de Boston le dimanche 11 janvier et nous croyions alors la production assurée. C’était sans compter un bris à la toiture de l’édifice : de l’eau a coulé dans la salle de rédaction, de l’eau qu’il fallait recueillir dans de gros barils. Ce n’est pas tout. Le jeudi matin, bris dans une conduite d’air, plusieurs centimètres d’eau inondent le département du tirage et de la distribution.

Qu’à cela ne tienne, nous avons tenu le coup. Pour vous, lecteurs, au nom de votre droit le plus sacré à l’information. Nous en sommes très fiers. Nos journalistes vous l’ont rapporté consciencieusement et ils continueront tant que tout ne sera pas revenu à la normale : la région de Saint-Hyacinthe a été et demeure le théâtre d’une vaste et belle opération de solidarité.

Cette générosité ne me surprend pas, elle est une marque de commerce des Maskoutains et des citoyens des villes et villages des alentours. Mais elle a fait plaisir à voir. J’aimerais rendre hommage à chacun, politiciens, professionnels, bénévoles consignés dans les centres ou bénévoles plus obscurs dans leurs résidences personnelles, qui, par leurs gestes et leurs attitudes, ont permis à Saint-Hyacinthe de ne pas succomber aux assauts de dame Nature.

Entre LE COURRIER et ses lecteurs, il existe une tradition de 145 ans. Nous venons d’écrire quelques-unes des pages les plus dramatiques de toute cette période. Jamais n’aurions-nous pensé entamer les fêtes du 250e de Saint-Hyacinthe dans un pareil décor. Saint-Hyacinthe n’est pas devenue jolie par hasard. Saint-Hyacinthe n’est pas devenue technopole agroalimentaire par caprice. Je sais que nous nous relèverons et que Saint-Hyacinthe restera jolie. Elle le mérite. Nous le méritons. Et je vous garantis que LE COURRIER restera le témoin privilégié des efforts des hommes et des femmes d’ici pour redonner vie à notre ville.

Benoit Chartier,

Éditeur

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