31 mars 2022
De plus en plus d’enjeux pour la relève agricole
Par: Eliane Tremblay-Moreau
De gauche à droite, Camille, Benoit, Raphaël, Élise et Florence de La Pagaille Coop paysanne. Photo gracieuseté

De gauche à droite, Camille, Benoit, Raphaël, Élise et Florence de La Pagaille Coop paysanne. Photo gracieuseté

La relève agricole fait face à différents enjeux. Les assurances, l’accessibilité aux terres agricoles et la mise en marché difficile poussent certaines entreprises agricoles à déménager en région éloignée.

C’est ce qui est arrivé à la ferme maraîchère La Pagaille, qui s’était implantée sur des terres de Saint-Pie en 2018. Différents obstacles ont forcé la coopérative maraîchère à transporter ses pénates du côté de Saint-Germain-de-Kamouraska, au Bas-Saint-Laurent, en 2020.

Si différentes aides financières s’offrent à la relève agricole, ces aides nécessitent d’obtenir une couverture d’assurance, ce qui semble plus facile à dire qu’à faire.

« Nous avons fait des demandes de subventions et d’aide financière auprès de la Financière agricole, mais les assureurs nous ont mis des bâtons dans les roues. La Financière agricole nous a demandé de faire assurer les biens qui seront rénovés et aménagés ainsi que l’outillage afin d’avoir accès au financement octroyé. Là où cela est problématique, c’est qu’aucune compagnie d’assurances ne veut nous assurer. Nous avons tenté de n’avoir qu’une assurance entreprise, mais dès que quelque chose pousse en terre, nous sommes alors considérés comme agricoles et une assurance agricole ne peut être octroyée sans assurer également la maison », explique la membre de la coopérative maraîchère Camille Perron-Thivierge.

Les compagnies d’assurances ont refusé d’assurer la ferme en raison de l’âge et de l’état des bâtiments. Pourtant, l’aide financière aurait entre autres servi à la réfection des bâtiments.

« Les compagnies d’assurances demandent de plus en plus de conditions pour assurer. Elles sont plus sévères puisque les dommages agricoles sont beaucoup plus coûteux que la somme versée par les agriculteurs au fil des ans. Plusieurs compagnies d’assurances font entre autres des inspections tous les cinq ans pour vérifier que le système électrique est conforme », confirme le président de l’Association de la relève agricole de Saint-Hyacinthe, Vincent Angers-Desaulniers.

Terres agricoles dispendieuses

La valeur des terres agricoles a poursuivi sa hausse constante. Au Canada, la valeur moyenne des terres agricoles a augmenté de 8,3 % en 2021. Ce sont de tels chiffres qui ont limité La Pagaille dans ses projets d’expansion.

« Nous étions chanceux à Saint-Pie puisque nous louions une parcelle de 1000 m2 d’un membre de la famille en échange d’un panier d’environ 325 $ de légumes par an. Nous avions une autre parcelle de 1000 m2² qui venait avec notre maison. Nous avions estimé qu’elle nous aurait coûté 400 $ en location. Au Kamouraska, nous payons 1000 $ pour 18 000 m2 », mentionne Camille Perron-Thivierge.

D’après le rapport de Financement agricole Canada sur la valeur des terres agricoles en 2020, la valeur d’un acre de terre agricole est de 16 500 $ en Montérégie, tandis qu’elle est estimée à 3400 $ dans le Bas-Saint-Laurent.

« La relève a de la difficulté à trouver un lopin de terre. Ils réussissent à démarrer leur entreprise à l’aide de leurs proches ou bien par le bouche-à-oreille. Il existe différents programmes, dont l’ARTERRE, qui permet d’accompagner la relève dans tout le processus », ajoute Vincent Angers-Desaulniers.

La mise en marché des produits est également un enjeu qui a poussé La Pagaille à quitter la région. « Nous voulions avoir un point de chute chez une autre entreprise agricole, mais on nous a dit que ce n’était pas permis. Nous avions donc distribué nos produits au marché public, mais la location est très dispendieuse. J’y vois une contradiction. On dit encourager la relève agricole, mais il y a un problème structurel. Il y a un manque de soutien et d’ouverture quelque part », conclut Camille Perron-Thivierge.

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