16 décembre 2021
De quoi avez-vous peur, monsieur le maire?
Par: Le Courrier

Le 6 novembre est paru dans le Journal de Montréal un article intitulé : « Le centre-ville de Saint-Hyacinthe est devenu un vrai chantier! » Cet article nous a exposé les visions des aspirants à la mairie relativement aux enjeux importants qui concernent notre centre-ville. Certains propos tenus par le maire et rapportés par la journaliste soulèvent, selon nous, plusieurs enjeux qui nécessitent une réflexion qui mènera, nous l’espérons, vers des actions se basant sur une vision actuelle et inclusive pour la communauté maskoutaine.

Des amalgames inquiétants

« Selon M. Beauregard, le centre-ville compte plusieurs immeubles qui manquent d’amour. Comme leur prix de location est moins cher, ils logent des gens moins nantis qui éprouvent des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie ». Ils ressortaient du lot durant la pandémie, car le centre-ville était déserté des clients réguliers. Qui plus est, M. Beauregard en a rajouté en signalant à la journaliste que : « Des Maskoutains n’osaient plus y aller. »

Ce complément est lourd en préjugés malheureusement puisqu’on y associe, encore, une représentation de dangerosité à celle de la détresse ou la condition psychique des personnes vivant avec des problématiques en santé mentale. Les chiffres sont pourtant probants en ce sens et les personnes qui souffrent d’une problématique en santé mentale sont sous-représentées lorsqu’il est question de crimes reliés aux agressions graves au Québec et au Canada.

En second lieu, ce que la COVID nous a révélé durant la pandémie dans notre centre-ville, c’est justement les réalités auxquelles répondent une grande quantité d’organisations communautaires et d’intervenants du réseau de la santé publique, et ce, bien avant la pandémie! Nous aurons envie de vous dire : bienvenue en ville, mais où étiez-vous tout ce temps?

Il nous paraît légitime de demander aux Maskoutaines et Maskoutains qui « n’osaient plus aller au centre-ville » : qu’est-ce qui vous fait donc si peur? Est-ce le fait de côtoyer des individus loin de vos réalités? De ressentir un malaise devant la face apparente de la pauvreté ou de la misère sociale? Selon nous, ce constat n’est pas le seul problème; le réel problème, c’est l’absence d’ouverture à la réalité de l’autre et de discussions collectives. Les préjugés associés à la santé mentale demeurent l’enjeu principal.

Chaque ville et quartier a son histoire

Le centre-ville est le fruit de l’histoire même de ce quartier, de son passé ouvrier modeste et populaire. Il en résulte qu’il y a encore des logements abordables qui sont habités par des personnes locataires et qui sont souvent socioéconomiquement démunies. Qui plus est, il faut comprendre que Saint-Hyacinthe attire des populations dans le besoin puisqu’elle est une ville-centre qui offre de nombreux services dans notre MRC.

Mettre un toit au-dessus de notre tête, c’est primordial. Quel choix pouvons-nous espérer lorsque nos vies se dérobent à nous-mêmes, lorsque l’on ne peut occuper un emploi adéquat ou vivre de rentes raisonnables, lorsque nos programmes sociaux ne font que nous confiner à la marge? Et cette réalité est exacerbée d’autant par les choix de la Municipalité des dernières années avec la démolition de logements abordables et salubres au centre-ville, participant à la crise du logement à Saint-Hyacinthe.

Ajoutant la volonté municipale d’embourgeoiser le quartier, nous ne pouvons que reconnaître que les personnes qui s’adressent à nos organismes se retrouvent avec de moins en moins de choix pour se loger adéquatement.

Rappelons enfin que la réalité des « improductifs » ne se réduit pas à un manque de volonté ou à des trajectoires de vie choisies, bien au contraire. C’est pourquoi nous devons nous rappeler de qui on parle en l’instance : ce sont les histoires et les vies d’humains. Le chantier du centre-ville n’est donc pas seulement celui des belles vitrines et des produits nichés, la rénovation de nos façades historiques et l’arrivée des immeubles neufs pouvant nous rapporter des recettes fiscales supplémentaires. Ce quartier a toujours une âme et sa singularité qui l’anime! Il faut la reconnaître.

Encore une question de vision

Il est à savoir que la vie des quartiers peut être comparable à celle des individus, mais à une échelle de temps différente. Les études démographiques sont là pour nous le confirmer. Effectivement, nous pouvons assister à l’émergence d’une vie ou d’un dynamisme nouveau dans un quartier à un moment donné. L’enjeu présent du centre-ville le deviendra inévitablement dans un autre quartier de notre ville et c’est in-con-tour-na-ble. Quelles leçons, quelles pratiques et quels moyens pouvons-nous tirer de cette expérience commune?

Sur la question des moyens, nous ne pourrons toutes et tous être en accord ou bien faire consensus, mais il faut nous rappeler qu’à chaque pôle économique ou culturel, il y a inévitablement un pôle social!

Ceci doit nous faire prendre conscience de l’ancrage des citoyennes et citoyens à leur quartier d’attache, à la vie de quartier et à ses conditions préalables ainsi qu’à l’appropriation de l’espace par ces derniers. Ceci nous fait le reflet de nos responsabilités citoyennes à titre de résidentes et résidents, mais aussi à celle de nos élues et élus locaux et régionaux. Ceci nous force à développer des approches responsables, planifiées et inclusives des enjeux auxquels nous sommes toutes et tous confrontés. C’est aussi ça, une gouvernance de proximité.

Pour finir, nous invitons toutes les lectrices et tous les lecteurs à garder un esprit ouvert lorsque vous croiserez une personne qui semble mal en point et nous vous rappelons qu’une personne sur cinq vivra des difficultés psychiques au courant des prochaines années, et ce, partout en ville. Nous vous invitons aussi à vous informer des services d’aide offerts dans notre communauté à cet égard.

Nous serons toutes très heureuses et tous très heureux d’échanger avec vous sur les réalités et enjeux associés à la santé mentale. L’invitation en est la même pour vous, monsieur le maire, et nous concluons en vous rappelant que vous représentez toutes les citoyennes et tous les citoyens de cette ville, même ceux qui font peur…

David-Alexandre Grisé, conseiller et coordonnateur Collectif de défense des droits de la Montérégie (CDDM)

Sylvie Tétreault, coordonnatrice Trait d’union montérégien (TUM)

Christiane Laplante, cogestionnaire Maison alternative en développement humain (MADH)

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