14 avril 2022
Projet Viva-Santé des Habitations Trigone
Des commerçants laissés dans le néant
Par: Sarah-Eve Charland
Les associés du Printanier, François Dulude et Mark-André Hilt, maintiennent le restaurant en viemalgré l’incertitude à l’égard du projet Viva-Santé. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Les associés du Printanier, François Dulude et Mark-André Hilt, maintiennent le restaurant en viemalgré l’incertitude à l’égard du projet Viva-Santé. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

En affaires, rien n’est pire que l’incertitude, affirme le restaurateur Mark-André Hilt. Tout comme les autres commerçants de la Place Blanchet, le copropriétaire du Printanier ne sait pas quels seront les impacts du projet Viva-Santé.

Les commerçants avaient été mis au courant des intentions de l’entreprise Les Habitations Trigone en juin dernier. À l’époque, le promoteur avait parlé d’une relocalisation au sein du nouveau bâtiment si le projet se réalise. L’enthousiasme de départ a laissé place à des doutes au fil des mois.

« Les promoteurs nous ont parlé d’une relocalisation au sein de leur bâtiment sans jamais dévoiler de montant ou de budget. C’est sûr que relocaliser notre restaurant coûte des sous. On ne payera pas pour ça. Si on est fermé un an et demi ou deux ans, on veut un incitatif pour garder nos employés. [Le promoteur] n’a jamais dit oui. Il nous a dit qu’il arriverait avec une offre », résume M. Hilt.

Les commerçants ne savent pas à quoi pourrait ressembler le loyer mensuel ni à quoi pourrait ressembler le local ou le stationnement. Pour la plus ancienne locataire commerciale du bâtiment, Jocelyne Deslandes, toutes ces réponses auront un impact sur la suite des choses.

« Quand ils nous ont présenté le projet, ils ont laissé entendre qu’on avait présentement des prix d’amis, ce qui est complètement faux. Ils ont laissé entendre que ce ne serait pas au même tarif. Quand on me dit ça, j’ai peur. […] On ne peut pas décider si on va se relocaliser ou non au même endroit. On ne sait rien », poursuit la propriétaire de la boutique Au Jardin d’Eden fleuriste.

Avec la bénédiction de la fondation du C. H. Honoré-Mercier, Multi-Services Santé Richelieu-Yamaska a acheté le bâtiment en 2016 dans l’objectif de réaliser un projet de superclinique, mais ce dernier a été abandonné par la suite. Multi-Services a confirmé avoir accepté une offre d’achat de la part de Viva-Santé, soit le projet piloté par Les Habitations Trigone. Une demande de projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI) est toujours en analyse à la Ville de Saint-Hyacinthe.

Tant Mme Deslandes que M. Hilt se sentent protégés par leur bail respectif. Dans le premier cas, le bail se terminera en 2029. Dans le deuxième cas, le bail prendra fin en 2027. Ils ont choisi de publier leur bail au Registre foncier du Québec afin de forcer le propriétaire à le respecter. Selon la Chambre des notaires du Québec, « cette inscription protégera le locataire en l’assurant qu’un nouvel acquéreur de l’immeuble ne pourra y mettre fin avant son échéance ». Si le bail n’est pas publié au Registre, un nouveau propriétaire peut y mettre fin avec un préavis de six mois. D’autres commerçants ont fait la même démarche l’automne dernier comme Novamédic.

C’est aussi le cas de Visée-Med. « Vous comprendrez que tout locateur a l’autorité sur ses locaux dans la mesure où il respecte le terme de ses baux. Or, le locateur actuel a l’intention de vendre ses locaux à un acheteur de son choix. Les locataires n’ont rien à dire dans la mesure où leurs baux sont respectés. […] Concernant Visée-Med, je verrai selon la suite des choses quel sera son avenir », souligne le président Éric Poulin.

Ce ne sont pas tous les commerçants qui sont protégés. Plusieurs commerçants de l’immeuble ont confirmé que le docteur Réjean Labrie avait quitté ses locaux de la Place Blanchet, ne pouvant renouveler son bail. Depuis quelques semaines, il exerce sa profession dans un local situé sur l’avenue Sainte-Anne.

Pas de recherche pour trouver un local

Selon M. Hilt, il est inutile d’envisager des locaux ailleurs pour une possible relocalisation tant qu’il n’y aura pas d’échéancier clair. « On a pris l’approche : on survit. On est là. On a un bail en bonne et due forme. Si la transaction se fait, le bail se transfert. On a des droits. […] Ils ne peuvent démolir ou modifier l’endroit sans entente. »

Mme Deslandes abonde dans le même sens. « J’ai été approchée pour me relocaliser. J’ai eu des offres de propriétaires, mais ils ne peuvent pas me réserver un local pendant un an, par exemple, sans savoir si ça va se faire ou non. »

L’important, disent-ils, est de rassurer leur clientèle. Pour le moment, ils n’ont pas l’intention de fermer ou de partir. L’annonce d’Habitations Trigone à l’automne dernier a d’ailleurs créé une vague de questionnements du public.

« Tous les jours, des clients m’abordent, me demandent ce qu’il va arriver. C’est lourd. Je ne sais pas quoi répondre. Les gens pensent qu’on cache quelque chose, mais on ne sait rien. Je ne dis pas que [le propriétaire et le promoteur] sont dans le tort, mais en tant que locataire, on est laissé à nous-même », mentionne Mme Deslandes.

« Depuis octobre, ça nous cause des problèmes. Les clients et nos employés sont inquiets. Depuis l’annonce du projet, c’est très dur d’embaucher des employés. Les gens craignent que ce soit démoli. On n’est plus ouvert la fin de semaine », ajoute le propriétaire du Printanier qui compte bien fêter les 30 ans du commerce en mai.

La promotrice et porte-parole de Viva-Santé Saint-Hyacinthe, Stéphanie Cocozza, n’avait pas répondu à nos questions au moment de mettre sous presse.

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