17 novembre 2022
Didier Lambert : marcher sur la fine ligne du malaise
Par: Maxime Prévost Durand
« J’aime surprendre les gens et les voir rire dans leurs mains en se disant : c’est épouvantable ce qu’il dit, mais je ris », affirme l’humoriste Didier Lambert, qui n’hésite pas à cultiver le malaise dans son premier one-man-show, Swell à souhait. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

« J’aime surprendre les gens et les voir rire dans leurs mains en se disant : c’est épouvantable ce qu’il dit, mais je ris », affirme l’humoriste Didier Lambert, qui n’hésite pas à cultiver le malaise dans son premier one-man-show, Swell à souhait. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Avec son humour mordant, Didier Lambert ne se gêne pas pour cultiver le malaise dans son premier one-man-show, <i>Swell à souhait</i>. Pour lui, aucun sujet n’est tabou et cela l’amène à marcher à répétition sur une ligne fine entre la drôlerie et ce qui fait grincer des dents. Il entraîne avec lui le public dans cet univers qui porte, malgré lui, à réfléchir.

« Pour moi, dans l’humour, les affaires drôles viennent surtout de la surprise, dit-il. J’aime surprendre les gens et les voir rire dans leurs mains en se disant : c’est épouvantable ce qu’il dit, mais je ris! Cette dualité entre le cœur et la tête, j’adore ça. »

À son avis, tous les sujets peuvent être abordés sur scène. « Tant que l’angle est correct et n’est pas offensant, précise-t-il. Il n’y a pas d’attaques personnelles [dans mon show], à moins que cette personne se soit mis les pieds dans les plats elle-même, mais encore là, je ne name drop pas du monde pour rien. »

Gare aux spectateurs qui prennent tout au premier degré, l’humoriste adore plonger dans le deuxième degré.

« Ça amène à détruire ces espèces de préceptes et de morales bien pensées qu’on a, souligne Didier Lambert. C’est bien d’être conscient des autres et d’être respectueux avec la bienveillance et le civisme. Je suis comme ça dans ma vie de tous les jours. Mais parfois, je veux dire les choses de cette façon pour les nommer et les dénoncer. C’est une sorte de permission que je me donne sur la scène. »

Son numéro sur le racisme, qu’il avait présenté à Juste pour rire en 2016 et qui est sans doute le plus connu de son répertoire, en est un bel exemple. Dans son spectacle, il n’en a gardé que quelques bribes, mais d’autres sujets tabous passent au tordeur de la même manière. Il est entre autres question d’agressions sexuelles et de la notion du respect sous différentes déclinaisons. Ces segments s’entremêlent avec d’autres qui sont carrément anecdotiques. Son ukulele n’est jamais bien loin non plus.

Autre mise en garde : les sacres affluent sur scène, sans que ce soit pour autant de la vulgarité simple et gratuite. Ce personnage de scène, sans filtre, est arrivé de lui-même, mentionne Didier Lambert.

« Ça vient d’une urgence de vouloir dire des affaires et que ça déboule. J’ai fait beaucoup d’improvisation et il y en a deux types que j’aimais beaucoup, soit le jeu réaliste où c’est très mollo, puis le principe du feu roulant où tu ne réfléchis pas et où tu parles, tu parles et tu parles. Ça donne une certaine liberté de faire un faux pas dans le rythme. Ça fait aussi en sorte que, pour meubler les espaces blancs ou les temps morts, le personnage a tendance à sacrer. En même temps, ça fait partie de notre culture de sacrer. »

Bien qu’il soit actif dans le milieu de l’humour depuis plusieurs années, le quarantenaire en est à son tout premier one-man-show. « C’est une sorte d’aboutissement pour moi », avoue-t-il avec une certaine fierté dans la voix.

Didier Lambert présentera son spectacle Swell à souhait au Cabaret André H.-Gagnon du Centre des arts Juliette- Lassonde le jeudi 24 novembre à 20 h 30.

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