9 décembre 2021
Sextage chez les pee-wee
D’intérêt public
Par: Martin Bourassa

C’est sûrement l’une des plus grandes craintes de tout parent. Savoir que des photos de nudité de son enfant existent et qu’elles sont partagées.

Quand ces photos à caractère sexuel sont l’œuvre d’une jeune personne de moins de 18 ans et qu’elle les partage à d’autres jeunes de son âge via les technologies de l’information, on appelle cela du sextage. Ou un véritable cauchemar, c’est selon. Nous avons fait état la semaine dernière d’un cas de sextage qui s’est produit récemment dans l’entourage d’une équipe de hockey de la structure du Vert et Noir de l’école secondaire Fadette. Chez les pee-wee ou, si vous préférez, les M13 AAA, soit la division d’âge des moins de 13 ans. Aussi bien dire chez des enfants doués pour le hockey.

Selon ce qu’on a pu apprendre, un ou deux joueurs de l’équipe auraient pris des photographies pour le moins inappropriées dans le vestiaire. Ils auraient ensuite partagé ces images à d’autres élèves. On devine que c’était pour faire une bonne blague. Une enquête dira peut-être s’il y avait consentement ou pas et si cela change quelque chose. Cela dit, ces jeunes n’avaient sûrement pas conscience qu’ils étaient en train de commettre une infraction de nature criminelle. Le sextage entre adolescents peut pourtant constituer une forme de pornographie juvénile. C’est du sérieux.

L’histoire veut que l’équipe de hockey ait pris les choses en main. Les parents ont été informés et rencontrés. Et les fautifs suspendus pour deux parties. Fin de l’histoire? Pas vraiment. Certains ont trouvé que la sanction n’était pas à la hauteur du préjudice. Ils auraient aimé une plus longue suspension de l’équipe et aussi de l’école, le temps que toute la lumière soit faite sur les événements. Mais ces parents n’ont pas osé rouspéter.

Pourquoi? Par solidarité, par peur de déplaire à l’entraîneur ou au responsable de la structure de hockey qui jugent que la suspension de deux parties était la meilleure décision à prendre dans l’intérêt de tous. Ces parents sont ébranlés, mais pas au point de défier celui qui dicte le temps de glace de leur hockeyeur vedette en devenir. Vous voyez le genre?

Ils ont donc refilé la rondelle au COURRIER. La journaliste Sarah-Eve Charland a résumé l’histoire dans un récit étonnant à plusieurs égards. Pour ma part, ce n’est pas la sentence de deux matchs qui retient mon attention. Est-ce une sentence bonbon? Je n’ai pas tous les éléments requis pour me prononcer.

Non, ce qui me chicote, c’est la réaction du Vert et Noir et du Centre de services scolaire de Saint-Hyacinthe (CSSSH). Le directeur du programme sport-études a refusé de s’expliquer, prétextant que ce n’était pas d’intérêt public. Je ne suis pas de cet avis. Il est certainement d’intérêt public de savoir comment une organisation de hockey mineur traite des dossiers de sextage et en vient à décider de ce qui est convenable ou pas d’imposer comme réprimande à des jeunes.

Et puisque des mineurs sont impliqués et que tout cela s’est déroulé dans un contexte de sport-études, il faut faire davantage que suggérer que cette histoire aurait dû demeurer dans la chambre de hockey. On est en droit de s’attendre à mieux comme réaction quand ce genre d’histoire sort au grand jour. Il faut donner l’assurance que l’image et la réputation d’un programme de sport-études sont secondaires et faire face à la musique.

À cet effet, je n’ai pas été impressionné par la réaction du CSSSH. On nous a bien entendu mentionné que toute l’organisation souscrivait au protocole SEXTO, un partenariat établi entre les intervenants scolaires, les policiers et le Directeur des poursuites criminelles et pénales.

Mais on nous a aussi précisé que cette histoire s’était produite lors du volet sport-études, c’est-à-dire en marge du cadre scolaire. Comme s’il y avait une distance et aucun vase communicant entre le volet sport-études et l’école secondaire. Comme si ce qui arrive aux jeunes dans le volet sportif était à ce point indépendant du volet éducatif de l’école. Cette histoire n’est pas tant une histoire sportive. Elle est surtout une occasion riche d’enseignements et d’apprentissages.

C’est pour tous les parents une opportunité d’instruire leurs jeunes sur un tas de trucs comme l’utilisation judicieuse du cellulaire, le respect d’autrui, le droit à l’image et au respect de la vie privée et bien sûr les conséquences de nos actes. Tout cela relève des parents et de l’école, pas tant du coach de hockey.

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