4 novembre 2021
Martin Ostiguy, membre du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe
Drame à Saint-Liboire : l’affaire Jean-Baptiste Guillemain (1)
Par: Le Courrier

La fin de l’année 1897 fut marquée par un fait divers qui fit grand bruit à l’époque dans la région. Le jeune Jean-Baptiste Guillemain de Biddeford, Maine, est accusé d’avoir tué son oncle Jean-Baptiste « Johnny » Laplante à Saint-Liboire.

Le crime a lieu le samedi 30 octobre en début de soirée. Laplante a passé la journée à Sainte-Rosalie, où il a emprunté une somme de 200 $ à son père, puis à Saint-Hyacinthe pour faire des emplettes. Il s’embarque dans le train de 17 h 30 qui le ramène vers Saint-Liboire. À son arrivée au village, il s’arrête chez le marchand général Éphrem Dupont pour acheter un quart de livre de thé fort. Il quitte le magasin vers 18 h 30. Il ne lui reste que dix minutes à marcher avant d’être arrivé chez lui. Il salue Dupont, qui sera le dernier à le voir vivant et s’éloigne dans l’obscurité.

Vers 19 h, la voiture conduite parHormidas Lapierre stoppe net au milieu de la route. Lapierre descend et va voir ce qui a arrêté son cheval. Il fait noir et il ne distingue pas grand-chose, mais il constate tout de même qu’un homme, soit ivre, soit blessé, est étendu de tout son long sur le chemin. Il se rend chez le plus proche voisin pour y prendre un fanal. Le sort veut que la maison la plus près soit celle de la victime.

Mme Laplante est aussitôt convaincue qu’il s’agit de son époux. Lapierre, accompagné de quelques voisins, se rend de nouveau près de l’homme. Ce dernier baigne dans une mare de sang. Il a visiblement été frappé derrière la tête, puis sur la mâchoire. On court prévenir le docteur Berthiaume qui constate le décès et qui s’empresse de prévenir le coroner Blanchard. Le cadavre du pauvre Laplante est alors transporté chez lui et posé sur la table de la cuisine. Sa femme, ses sept enfants et son neveu, en visite de Biddeford depuis le 5 octobre, semblent consternés…

On pensa un temps que Laplante aurait pu être étendu sur la route pour une raison inconnue et que le cheval de Lapierre aurait pu lui infliger les blessures constatées sur sa dépouille. Mais le coroner écarta assez rapidement cette hypothèse. Il était clair, tant pour lui que pour le docteur Berthiaume, que Johnny Laplante avait été victime d’un meurtre. Le bâton qui servit au crime fut d’ailleurs rapidement retrouvé derrière la grange de Laplante. Le motif du crime ne fut pas non plus difficile à trouver. Tout le monde savait que Laplante, jamais très discret lorsqu’il était question d’argent, se rendait à Saint-Hyacinthe pour y collecter des sommes cette journée-là. Or, aucun montant significatif ne fut retrouvé sur lui.

Le jeune Guillemain, âgé de 17 ans, est le fils de la sœur de Mathilda Berthiaume Laplante, la femme du défunt. Il habite chez les Laplante depuis le début du mois. Au moment du meurtre, il s’est absenté pour aller rentrer les chevaux qui étaient encore au pacage. Il y avait bien une demi-heure que sa tante lui demandait de le faire, mais il lui répondait que ça ne pressait pas. Lorsqu’il décide d’y aller, il refuse que son cousin le plus vieux l’accompagne. Plus tard, lorsque Lapierre cogne à la porte, il refuse net de l’accompagner pour identifier l’homme étendu sur la route. Il n’en faut pas plus pour mettre la puce à l’oreille des autorités, mais Guillemain a déjà quitté le Canada et est retourné à Biddeford.

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