9 décembre 2021
histoire d’ici
Drame à Saint-Liboire : l’affaire Jean-Baptiste Guillemain (2)
Par: Le Courrier
Le 12 novembre 1897, deux semaines après le meurtre de son oncle Johnny Laplante de Saint-Liboire, le jeune Jean-Baptiste Guillemain quitte la maison de sa tante où il résidait depuis le début du mois d’octobre et il retourne chez ses parents à Biddeford, dans le Maine.

Sitôt débarqué du train, il croise un ami, Pierre Ledoux, et lui propose de « prendre une brosse ». Ils font le tour de plusieurs bars et, chaque fois, il paie avec des billets de dix dollars. Lorsque Ledoux lui demande comment il s’est procuré cet argent, il lui répond qu’il l’a volé au cirque Barnum de Montréal où il a travaillé pendant un mois. Ce mensonge se propage rapidement dans la petite communauté francophone de Biddeford et attire l’attention des forces de l’ordre. Faisant le lien avec le meurtre non résolu de Laplante au Canada, on arrête Guillemain.
Ses parents vont le visiter en prison. Dès qu’il voit sa mère, il éclate en sanglots. Lorsqu’elle lui demande s’il est coupable, il avoue immédiatement le crime, mais il lui jure que c’est sa tante qui l’a fait boire pour le convaincre de tuer son oncle. Il va même jusqu’à déclarer que sa tante lui a promis de le marier dès que son mari serait mort.
Les autorités américaines communiquent immédiatement avec la police de Saint-Hyacinthe qui met la veuve Laplante en garde à vue. Guillemain est alors extradé au Canada. On lui fait rencontrer sa tante et on observe la réaction des deux présumés complices. Devant le désarroi de la veuve, Guillemain avoue avoir menti et, cette fois, il accuse un voisin, Louis Tétrault d’avoir commis le crime. Tétrault aurait partagé la somme volée avec Guillemain pour acheter son silence.
Tétrault est immédiatement mis en état d’arrestation et les deux hommes sont incarcérés à la prison de Saint-Hyacinthe. Le témoignage de Guillemain étant plein de contradictions, Tétrault est rapidement libéré et seul Guillemain est finalement accusé du crime.
Le début du procès est fixé au 27 juin 1898. Il se déroulera au palais de justice de Saint-Hyacinthe devant Louis Tellier, juge à la Cour supérieure. Le 25 avril, Guillemain et un codétenu faussent compagnie à leurs gardiens. Ils seront repris à Saint-Hilaire, trois jours plus tard. Cette tentative d’évasion n’aidera pas la cause du jeune homme.
Lorsque s’ouvre le procès, la foule est nombreuse et composée en grande partie de femmes. L’accusé est jeune et bel homme et sa mésaventure fascine. Les grands journaux de Montréal, de Québec et même de la côte est américaine envoient des reporters à Saint-Hyacinthe pour couvrir l’événement.
L’avocat de la défense, Alphonse Bourgeault, fait un travail remarquable d’après les journalistes présents au tribunal. Il insiste constamment sur le fait que les preuves de la Couronne ne sont que circonstancielles. Personne n’a vu Guillemain commettre le meurtre. Le fait qu’il se soit retrouvé avec l’argent du défunt ne veut pas dire qu’il a tué son oncle pour se le procurer.
Malgré tout, lorsque le procès se termine le 10 juillet, le jury rend un verdict de culpabilité. Le juge Tellier le condamne à être pendu par le cou jusqu’à ce que mort s’ensuive le 30 septembre. Une semaine avant, grâce au travail acharné de maître Bourgeault, la peine est commuée en emprisonnement à vie. Le 27 septembre, Guillemain est écroué au pénitencier Saint-Vincent de Paul à Laval, dont il ne sortira qu’en 1914. On perd sa trace par la suite…

Martin Ostiguy, membre du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe

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