28 octobre 2021
carte blanche
En manque de pénurie
Par: Christian Vanasse
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Juste avant l’Halloween, une épouvantable histoire fait la une des journaux et des bulletins de nouvelles : ça a l’air qu’il va manquer de sapins de Nowell! Mais l’horreur ne s’arrête pas là : on ne prévoit AUCUNE pénurie de lutins laids, d’annonces abrutissantes ou de tounes poches dans les magasins, et ce, dès minuit une, le 1er novembre jusqu’à votre premier relevé de carte de crédit de l’année prochaine.

La pénurie annoncée de conifères sème la consternation dans les chaumières et l’indignation majuscule dans les commentaires : Que-oua? Après notre pain, va-tu falloir apprendre à faire nos sapins? Mais dans quoi matante Nicole va planter pompette le 25 au soir? Mais en d’ssour de quoi allons-nous étaler nos 2478 cadeaux?

Les cadeaux! Ben oui. Du même souffle, les commerçants nous préviennent : courez tout de suite acheter des bébelles comme si c’était du papier de toilette en pandémie. « Y va sûrement en manquer! », nous crie le marché! Et voyez ensuite comment la demande va augmenter en même temps que les prix. Quand il s’agit de vous passer un sapin, le capitalisme n’est jamais en manque.

Ah. Le manque, justement. Admirez comment les marchands créent le besoin, l’urgence et la rareté pour vous faire perdre vos moyens et vous faire « dé-penser ». Ils utilisent le mot « pénurie » pour des choses superflues. Pénurie d’eau ou d’aliments peut-être bien, mais des bébelles pis des sapins? On devrait s’émouvoir du manque de choses beaucoup plus vitales. Et des forêts anciennes, des marais humides pis de la biodiversité, ils n’en vendent pas sur Amazon. Il y a des pénuries à venir dont on devrait s’inquiéter bien avant la prochaine fête des Morts.

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