21 octobre 2021
Dossier Exceldor
En prolongation
Par: Le Courrier
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Ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini. L’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Montérégie a décidé de faire sienne cette célèbre citation de Yogi Berra. Elle poussera donc sa bataille contre la Ville de Saint-Hyacinthe, la MRC des Maskoutains et Exceldor à la limite en épuisant tous les recours pour empêcher la coopérative de s’installer sur une terre de 10 hectares à Saint-Hyacinthe.

Ce dénouement survient au terme de la période de 30 jours qui a suivi le dépôt de la décision finale de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ). Dans celle-ci, la CPTAQ autorisait finalement l’exclusion d’une superficie de 10 hectares de la zone agricole maskoutaine au profit d’Exceldor. Cette dernière souhaite y reloger ses installations de Saint-Damase, ce qui laisse entrevoir un investissement de 450 millions de dollars sur un horizon de 10 à 15 ans et la consolidation et la création d’un millier d’emplois.

Est-ce à dire que l’UPA de la Montérégie est nécessairement mauvaise perdante et un mauvais citoyen corporatif? Non, elle est surtout conséquente avec ses idéaux dans la défense de l’intégrité du territoire agricole. Et bien que fort regrettable, la décision de l’UPA ne surprendra pas les observateurs attentifs. N’en déplaise au milieu des affaires maskoutain, l’UPA n’avait d’autre choix que de forcer l’intervention du tribunal administratif.

Pas plus tard que le 7 octobre, lors de l’assemblée générale annuelle de l’UPA Montérégie, son président Jérémie Letellier a martelé l’importance d’une « union forte, mobilisée et solidaire » afin de faire le contrepoids aux pressions sur le territoire. La protection du territoire agricole demeure une priorité incontournable et sera au cœur de l’action syndicale au cours des mois à venir, a-t-il rappelé à ses membres. D’un même élan, il a même ajouté que la récente décision concernant Exceldor à Saint-Hyacinthe n’avait rien pour le rassurer. Il disait constater que le rôle de chien de garde de l’UPA était plus important que jamais.

L’UPA ne pouvait clairement pas en rester là dans le dossier Exceldor, d’autant plus qu’elle a toujours trouvé « aberrante et incohérente » la volte-face de la CPTAQ.

Petit rappel des faits : les commissaires avaient d’abord sèchement refusé une première demande d’exclusion présentée par la Ville de Saint-Hyacinthe. Mais plutôt que de contester cette décision, la Ville avait répliqué par le dépôt d’une nouvelle demande d’exclusion portée cette fois par la MRC des Maskoutains. Pas dupes, les commissaires de la CPTAQ avaient d’abord produit une orientation défavorable à cette riposte, avant de consentir à l’exclusion d’une superficie de 10 hectares. L’UPA avait vertement critiqué la stratégie maskoutaine de ne pas saisir le tribunal administratif du premier verdict. « Cette [première] décision est non seulement valide, mais est acceptée par toutes les personnes intéressées au dossier. “ Qui ne dit mot consent. ” À nos yeux, le silence de la Ville de Saint- Hyacinthe et de la MRC des Maskoutains était le signe qu’ils acquiesçaient à la décision de la Commission », avait argumenté l’UPA.

La simple cohérence explique donc la volonté de l’UPA d’étirer les procédures au maximum. Cette nouvelle étape est-elle catastrophique pour autant? Pas vraiment. Ce n’est pas comme si la pépine attendait le signal pour débarquer dans le champ situé le long de l’avenue Pinard. Exceldor a encore bien du travail à faire. Elle doit d’abord retravailler ses plans pour faire tenir ses deux phases de développement dans une seule, et sur 10 hectares au lieu des 14 espérés. Ensuite, on croit comprendre que le montage financier n’est pas attaché avec les bailleurs de fonds que sont Québec et Ottawa.

Par ailleurs, ma rencontre éditoriale avec le candidat à la mairie André Beauregard m’aura permis d’apprendre que la fameuse entente secrète entre la Ville et la coopérative n’est pas encore officiellement signée. Elle devra être révisée.

Exceldor a donc encore pas mal de travail devant elle d’ici la première pelletée de terre et avant de pouvoir donner congé à sa direction et à ses ingénieurs.

Quant à ses avocats et ceux de la MRC, ils devront maintenant faire un peu de temps supplémentaire obligatoire, gracieuseté de l’UPA de la Montérégie.

Mais ils ne sont pas trop du genre à s’en plaindre, heureusement.

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