17 février 2022
À Saint-Hyacinthe
EVAH Corp souhaite reprendre là où Prevtec Microbia a laissé
Par: Le Courrier
C’est dans les anciens laboratoires de Boviteq sur le Grand rang Saint-François à Saint-Hyacinthe que les chercheurs de la société EVAH Corp poursuivent le développement de leurs vaccins de santé animale. Photo François Larivière | Le Courrier ©

C’est dans les anciens laboratoires de Boviteq sur le Grand rang Saint-François à Saint-Hyacinthe que les chercheurs de la société EVAH Corp poursuivent le développement de leurs vaccins de santé animale. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Sans faire de bruit, la société EVAH Corp s’active depuis quelques mois à développer de nouveaux produits de santé animale à partir des vestiges de Prevtec Microbia, l’ancien fleuron de la Cité de la biotechnologie vétérinaire et agroalimentaire de Saint-Hyacinthe.

Pas besoin de creuser bien loin pour trouver l’ADN de Prevtec dans l’environnement de la nouvelle pousse lancée en 2020. Aux commandes d’EVAH Corp, on retrouve Michel Fortin, jadis chef de direction de Prevtec Microbia. Installé dans les laboratoires autrefois occupés par Boviteq sur le Grand rang Saint- François, il s’est entouré de scientifiques et d’employés qui ont propulsé et fait rayonner Prevtec et ses vaccins sur les marchés internationaux. Au point de susciter l’intérêt des gros joueurs de l’industrie. Ce qui aura en fin de compte causé sa perte, mais permis à EVAH Corp de reprendre habilement le flambeau.

Un peu d’histoire

L’origine de Prevtec Microbia remonte à sa constitution, en juin 2003, en tant qu’entreprise dérivée de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal à Saint-Hyacinthe.

Elle avait acquis sa notoriété en commercialisant son vaccin Coliprotec contre les infections E. coli et la diarrhée post-sevrage chez les porcs, son produit vedette. Ses succès ne passèrent pas inaperçus. Tant et si bien qu’à l’été 2019, on annonçait son acquisition par la société Elanco pour la somme de 100 M$.

Selon les plans initiaux, Prevtec devait continuer de développer ses produits en tant que filiale d’Elanco, un géant des biotechnologies installé près d’Indianapolis aux États-Unis.

« On devait continuer à faire ce qu’on faisait, c’est-à-dire à supporter les ventes et les essais sur le Coliprotec, de même que continuer à développer trois autres technologies. Sauf qu’Elanco a ensuite acheté la société Bayer Santé animale [pour environ 7 milliards de dollars] et tout a changé. Cette transaction majeure a changé leur façon de voir les choses. Notre entente est devenue bien secondaire et Elanco est passée à autre chose par manque de temps », raconte Michel Fortin. Les priorités n’étant plus les mêmes, une rationalisation a suivi au sein d’Elanco et de ses sociétés apparentées affectant une quinzaine d’acquisitions de moindre envergure, dont celle concernant Prevtec Microbia.

Une opportunité en or

Flairant la bonne affaire, Michel Fortin a orchestré une relance à l’hiver 2020. Il a alors approché la direction d’Elanco dans l’espoir de reprendre trois technologies en développement de Prevtec et laissées en plan par la multinationale. « Mon plan était de racheter, de financer et de développer ces technologies, tout en restant proche d’Elanco au cas où elle voudrait les racheter rendues à terme. Elanco a conservé le Coliprotec, mais nous avons pu racheter les autres technologies. EVAH Corp était née », poursuit le dirigeant.

De la quinzaine de personnes formant l’équipe scientifique de Prevtec au moment de son rachat, la nouvelle société a pu en rassembler une bonne douzaine. En juillet dernier, les essais cliniques ont donc pu reprendre à Saint-Hyacinthe où tous s’activent à développer un nouveau vaccin porcin qui concerne une tout autre maladie que celle traitée par le Coliprotec. EVAH Corp compte aussi un autre laboratoire plus modeste du côté du Centre québécois d’innovation en biotechnologie à Laval.

Michel Fortin dit avoir appris sa leçon à travers l’aventure de Prevtec Microbia. « Nous avons appris de cette expérience. Ce qui est arrivé dans le passé, on veut l’éviter dans le futur. On ne veut plus vendre le magasin au complet. On veut vendre une collection ou des produits, mais le magasin n’est plus à vendre. L’approche est différente. Nous sommes une plateforme d’affaires et de propriété intellectuelle en santé animale basée au Québec. »

Le modèle d’affaires d’EVAH Corp consiste à prendre des technologies, les développer, les distribuer au Canada et les amener au niveau préréglementaire mondial, soit en phase 3, mais EVAH Corp ne prévoit pas de les commercialiser et de les distribuer à travers le monde. Elanco pourrait donc à nouveau acheter des produits développés par EVAH Corp. « Absolument, nous allons vendre nos technologies et il se pourrait qu’Elanco souhaite les homologuer pour une distribution mondiale. Nous pourrions donc travailler avec eux, mais aucune décision ne sera prise par eux, les technologies sont à nous. »

Finalement, Michel Fortin considère que l’aventure de Prevtec Microbia a été une très bonne chose, à commencer pour ses actionnaires de l’époque. « Ils ont quand même eu un très bon rendement. Beaucoup d’actionnaires qui étaient dans Prevtec sont d’ailleurs revenus au sein d’EVAH. C’est le cas du Groupe Jafaco, bien connu à Saint- Hyacinthe », conclut-il.

En septembre dernier, EVAH Corp a reçu un prêt de 5 millions de dollars par l’entremise du programme BioMed Propulsion du gouvernement du Québec pour poursuivre le développement de ses technologies en santé animale destinées aux porcs et à la volaille.

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