22 septembre 2022
Fiction : Saint-Hyacinthe, 2035
Par: Le Courrier
Je ne parlerai pas des changements climatiques, c’est trop déprimant. La ville ne s’est pas beaucoup étendue sur la zone agricole grâce à la densification : c’est un bon point, mais la densification s’est faite là où elle avait commencé à s’accélérer dans les années 2020.

Surtout au nord de la barrière que constitue le chemin de fer. D’abord, les anciennes usines en loft, puis les nombreux condos locatifs ou en propriété, puis les RPA.

Pourquoi au nord? Parce que c’est là que se trouvait le plus grand nombre de services, y compris médicaux, pour une population vieillissante. Et puis, c’est aussi là que se trouvaient les plus grands employeurs : la grappe industrielle qui a débordé de la 20 vers le nord, le centre hospitalier et les cliniques à proximité, le centre commercial et la grande majorité des institutions d’enseignement secondaire et collégial. Mais aussi, parce que le nord était mieux quadrillé par des rues larges du nord au sud et d’est en ouest. Enfin, l’autoroute 20 n’était pas une barrière, mais une ouverture vers la grande ville ou le reste du Québec. C’est au nord que le concept de vie et de travail à proximité s’est le mieux réalisé.

La circulation du sud au nord (Saint-Joseph, La Providence et le centre-ville) était déjà problématique dans les années 2020 aux heures de pointe et ça n’a fait que se détériorer.

Il y a eu le remplacement progressif de la voiture à essence par des véhicules électriques, mais ceux-ci n’ont pas cessé de grossir. La ville a beau être de dimension modeste, ce qui aurait pu permettre une densification plus uniforme. Qui voudrait rester à Saint-Joseph ou La Providence et travailler au nord en étant coincé dans la circulation 30 minutes le matin et 30 minutes le soir? Car il n’y a pas que la grosseur des voitures, il y a l’explosion du nombre de véhicules, en moyenne deux par famille (souvent trois).

En parallèle, il y a eu aussi une explosion de l’offre de mini véhicules électriques pour les plus jeunes et les moins jeunes. Plusieurs magasins offrent maintenant la livraison à domicile avec des tricycles électriques, des mini fourgonnettes (pharmacie, restauration, mercerie, etc.).

Mais l’accès au centre-ville et au sud est demeuré déficitaire à cause des barrières que constituent les tunnels et les ponts. Les pistes cyclables et les voies cyclables ont été pensées en matière de loisir et on n’a pas imaginé que ce sont elles qui pourraient ouvrir la ville du sud au nord.

Le centre-ville s’est densifié grâce à la volonté politique, mais le coût moyen des loyers a explosé avec l’embourgeoisement et l’offre de loyers abordables n’a pas suffi à retenir une clientèle plus modeste, pourtant nécessaire à la vitalité du centre-ville.

La vie culturelle s’y est maintenue. Curieusement, les soirs de spectacle, c’est le bouchon autour du Centre des arts; les autres soirs, c’est vide de monde et peu fréquentable.

Saint-Joseph et La Providence (et dans une moindre mesure l’Assomption, qui elle est adossée à l’autoroute 20) sont demeurés des quartiers résidentiels, unifamiliaux.

Pouvions-nous éviter cette trajectoire? Cela aurait été possible. La clef pour éviter ce scénario aurait été l’ouverture du sud au nord.

La présence des deux barrières que constituent la rivière et le chemin de fer rendaient impossible tout scénario qui inclurait le transport solo en voiture; et même le transport en commun n’aurait été efficace que si le volume des voitures avait été dès lors réduit.

Quel est le seul trajet direct du sud au nord? C’est la rue Bourdages. Elle pourrait devenir l’autoroute, l’artère dédiée à des mini véhicules qui permettraient cette ouverture.

Mais le centre-ville doit aussi être plus accueillant pour cette clientèle (famille à vélo, piétons, personnes âgées sur vélo électrique ou quadriporteur motorisé) que je vois mal circuler au centre-ville dans l’état actuel des choses.

J’aurais voulu que ce soit autrement.

Gilles Germain, Saint-Hyacinthe

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