9 juin 2022
carte blanche
Fumain
Par: Christian Vanasse
Christian Willie Vanasse

Christian Willie Vanasse


Traumavertissement aux cœurs sensibles : aujourd’hui, je me penche sur les offrandes putrides que nous rendons apatrides aussitôt créées. Ce n’est pas une chronique de merde, mais une chronique SUR celle-ci.

Vulgairement, je parlerai de notre caca. Nos crottes, nos selles, nos immondes souillures dans lesquelles on ne voit que de répugnants déchets. Mais d’autres les appellent plus joliment « le surnageant », « excreta », « biosolide » ou encore « fumain », néologisme issu de la contraction des mots « humain » et « fumier », et y voient plutôt une ressource à valoriser plutôt qu’à rejeter le plus loin possible.

Depuis la nuit des temps, nous valorisons pour nos jardins et nos champs le fumier végétal ou animal, comparant les mérites du lisier de porc avec le crottin de chèvre ou qui du lapin ou de la vache produira la meilleure fiente pour nos fraises. Dans le coin de Drummondville, une entreprise innovante produit même du fertilisant avec du fumier d’insectes. Mais des humains? Eurk. Pas question d’avoir nos fèces dans la face. On préfère les faire disparaître dans l’eau potable… qu’on assainira à grands frais avant de la rejeter dans le fleuve… où l’on va ensuite s’approvisionner en eau potable. Cycle aussi coûteux que désastreux.

Mais justement, à Sorel-Tracy, on va tenter de s’attaquer à l’ultime tabou de notre temps en réutilisant nos matières fécales dans un laboratoire d’oxydation hydrothermale. Aucune idée de comment ça fonctionne, mais ça rime. Et ça pourrait autant fertiliser nos sols que protéger l’eau potable. L’idée est de considérer autrement nos « déchets », car la nature, elle, n’en produit aucun. Mais c’est dans la nature humaine d’en produire. Or, de la merde, on en fait beaucoup et ça n’ira pas en diminuant. Autant en faire quelque chose d’utile.

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