18 juillet 2024 - 03:00
Saint-Barnabé-Sud
Haute tension entre la Municipalité et un citoyen
Par: Sarah-Eve Charland
Yahia Meddah habite avec ses huit enfants et son père dans une résidence de Saint-Barnabé-Sud sur laquelle il a apposé des écriteaux pour dénoncer le racisme dont il ferait l’objet. Il a retiré récemment la croix gammée qui s’y trouvait. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Yahia Meddah habite avec ses huit enfants et son père dans une résidence de Saint-Barnabé-Sud sur laquelle il a apposé des écriteaux pour dénoncer le racisme dont il ferait l’objet. Il a retiré récemment la croix gammée qui s’y trouvait. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

En conflit avec la Municipalité de Saint-Barnabé-Sud, Yahia Meddah, qui dénonce un climat d’intimidation et de racisme, n’en est pas à ses premiers déboires, possédant une longue liste de démêlés avec les tribunaux, en passant par des voies de fait sur des agents de la paix à des dossiers aux petites créances.

M. Meddah a fait parler de lui la semaine dernière lorsque le journal La Presse a publié un texte relatant un conflit entre sa famille et la Municipalité de Saint- Barnabé-Sud. Les tensions ont culminé à l’affichage, en façade de leur résidence, d’une croix gammée et de propos dénonçant le racisme dont la famille serait victime. Saint-Barnabé-Sud a d’ailleurs fait appel à la Cour supérieure pour retirer cet affichage. Au cours du processus, M. Meddah a consenti à retirer l’affiche, mais il maintient un site Internet où il dénonce la discrimination dont il estime être victime.

Le citoyen a arboré ce message haineux en réaction à un jugement rendu en juin qui permettra à la Municipalité d’effectuer une inspection visant à s’assurer que le bâtiment respecte les normes de sécurité incendie, ce qu’elle tente de faire depuis plus de deux ans.

Des plaintes avaient été déposées à l’automne 2022 concernant des odeurs nauséabondes et des bruits de moteur en provenance de l’immeuble où vit la famille d’immigrants. L’inspecteur de la Municipalité a constaté un bruit s’apparentant à une génératrice installée à l’intérieur du bâtiment. Joint par LE COURRIER, M. Meddah dément cette allégation. « Je n’ai pas de génératrice à l’intérieur. On n’est pas stupides. »

La Municipalité avait fait appel à une firme indépendante pour effectuer une inspection d’urgence puisque les relations avec la famille étaient déjà tendues à l’époque. La famille reproche d’ailleurs que la situation s’est envenimée avec l’arrivée de la directrice générale, Linda Normandeau, en 2021. Les échanges se sont corsés au fil des mois, menant au dépôt contre Yahia Meddah d’un chef d’accusation de harcèlement criminel envers Mme Normandeau. Il doit maintenant se conformer à une ordonnance d’interdiction de contact avec la fonctionnaire.

La Sûreté du Québec et la Régie intermunicipale de protection incendie du Nord des Maskoutains étaient aussi présentes lors de l’inspection de la firme. Cette dernière a constaté qu’une génératrice était installée à l’intérieur du bâtiment. D’autres anomalies ont été observées, comme l’absence d’avertisseurs de fumée et de monoxyde de carbone, la présence d’une génératrice, d’un barbecue et de bonbonnes de propane à l’intérieur du bâtiment et des issues obstruées.

M. Meddah estime que le nombre de personnes présentes à l’inspection était démesuré et intimidant. Il a eu l’impression qu’on violait son intimité. Par la suite, sa famille a refusé que la Municipalité y retourne en étant accompagnée de la police afin de vérifier si les mesures correctives avaient été apportées. « J’ai toujours donné mon accord, mais pas avec quatre voitures de police. Ça dépasse les limites », estime-t-il.

Ne voyant pas d’autre choix, la Municipalité a fait appel à la Cour supérieure pour obtenir l’autorisation de faire une inspection et d’utiliser la force si nécessaire pour pénétrer dans le bâtiment. Le 7 juin 2024, le juge a donné raison à la Municipalité. « Nous n’avons pas encore fait appliquer le jugement compte tenu de la sensibilité de ce dossier. Nous devons tout d’abord tenir une réunion avec les principaux intervenants dans le but de planifier la visite de prévention », mentionne Linda Normandeau.

Un jugement de la Régie de l’énergie fait état d’une interruption des services d’Hydro-Québec à cette adresse, en septembre 2022, en raison de créances impayées. Aussi, M. Meddah est présentement accusé à la cour criminelle d’avoir tenté de duper Hydro-Québec. Il fait face à quatre chefs d’accusation, dont deux qui lui reprochent de « s’être frauduleusement fait passer pour une personne morte ou vivante en vue d’obtenir des services d’électricité ». Les deux autres chefs d’accusation relatent que l’accusé aurait fraudé Hydro-Québec d’un montant d’argent dépassant 5000 $.

Ces événements se sont déroulés autant à Saint-Barnabé-Sud qu’à Saint-Nazaire-d’Acton où il habitait auparavant. Le procès n’a pas encore eu lieu.

Causes criminelles

Par le passé, Yahia Meddah s’est retrouvé à quelques reprises à se défendre devant les tribunaux. Il a été reconnu coupable de voie de fait contre un huissier de justice en décembre 2021. Il avait reçu une peine de 18 mois de probation et 40 heures de travaux communautaires qu’il a d’ailleurs tenté de porter en appel parce qu’il la jugeait déraisonnable, mais en vain.

M. Meddah a voulu obtenir un pardon dans ce dossier, mais ses démarches auprès de Canada Pardon Services, un organisme national à but non lucratif, ont plutôt mené à une requête devant les petites créances en 2023. En effet, il a réclamé 12 959 $ à Canada Pardon Services parce que l’organisme n’a pas répondu assez rapidement à sa demande de pardon, ce qui l’aurait empêché d’obtenir un emploi comme camionneur. Dans sa défense, Canada Pardon Services soulignait que les retards étaient causés par M. Meddah puisqu’il n’avait pas envoyé une copie de son passeport ou d’une preuve de citoyenneté. Le juge a rejeté la requête de M. Meddah.

« Je suis victime de discrimination. Il n’y a pas de justice à Saint-Hyacinthe. Quand j’étais à Montréal, je n’avais pas de problème, mais c’est le cas depuis que je suis à la campagne. Tout le monde se connaît. Par exemple, c’est le même juge qui s’occupe de plusieurs de mes dossiers. Il est clairement en conflit d’intérêts », mentionne M. Meddah.

À une autre occasion, au printemps 2015, Yahia Meddah a entravé le travail d’un fonctionnaire autorisé à faire appliquer la Loi sur la qualité de l’environnement. Il a été reconnu coupable à cet effet et a reçu une amende de 2500 $.

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