2 juin 2022
carte blanche
Hygge
Par: Christian Vanasse
Christian Willie Vanasse

Christian Willie Vanasse


Se faire bousculer dans la file, voir une caissière se faire engueuler, un guichetier se faire insulter, entendre râler à la moindre contrariété, le moindre retard, n’importe quoi fait déborder des vases déjà remplis de mèches trop courtes.

Les exemples de colons irritables polluant la vie de tout le monde autour d’eux avec leurs flatulences furieuses sont aussi nombreux que variés. Ils viennent dans tous les genres, grandeurs et couleurs, il y en a pour tous les dégoûts. Les temps, comme les gens, sont devenus lourds comme un spleen de Baudelaire. Et la seule chose à faire pour y remédier, c’est d’apprendre un mot danois : « hygge ».

Au 18e siècle, le Danemark traverse une période difficile marquée par la guerre, les épreuves et les malheurs. Les Danois, vivant déjà dans un pays où l’hiver est insupportablement long, inventent alors un mot, une stratégie de survie qui deviendra vite une philosophie partagée par d’autres pays scandinaves : le hygge (prononcé « ugue »).

Il s’agit d’une conception non matérialiste du bonheur qui consiste à apprécier les petits moments du quotidien et à les privilégier. Plutôt que de se fâcher et d’être affligés par tous les malheurs du monde, ils choisissent d’« hyggeler », de profiter du plaisir des petites choses, de partager un repas entre amis, d’écouter la pluie tomber ou de caresser la tête d’un chat. Par temps durs, en hiver comme en toute saison, leur philosophie reste la même : s’arrêter pour profiter de la vie, apprécier les petits bonheurs quotidiens et s’ouvrir aux autres. Ces ancêtres des Vikings, qui buvaient dans le crâne de leurs ennemis ne l’oublions pas, pratiquent aujourd’hui un art de vivre qui fait de leur pays l’endroit où l’indice de bonheur est l’un des plus élevés.

Hygge tout le monde.

image