5 mai 2022
Il était une fois, l’Hôtel Ottawa
Par: Le Courrier
L’Hôtel Ottawa, vers 1955. Photo Collection du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH116, Fonds Studio Lumière

L’Hôtel Ottawa, vers 1955. Photo Collection du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH116, Fonds Studio Lumière

Le Club de raquetteurs L’Infatigable devant l’Hôtel Ottawa, 1953. Photo Collection du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH116, Fonds Studio Lumière

Le Club de raquetteurs L’Infatigable devant l’Hôtel Ottawa, 1953. Photo Collection du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH116, Fonds Studio Lumière

Le Grill de l’Hôtel Ottawa, vers 1950. Photo Collection du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH085, Fonds Studio B.-J. Hébert

Le Grill de l’Hôtel Ottawa, vers 1950. Photo Collection du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH085, Fonds Studio B.-J. Hébert

Un autre témoin de notre histoire locale est parti en fumée dans la nuit du 29 avril 2022. Il s’agit de l’Hôtel Ottawa. Le Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe a tenu à faire le portrait de cet édifice qui a été très important dans l’histoire maskoutaine.

Avec l’arrivée du train à Saint-Hyacinthe au milieu du 19e siècle, plusieurs hôtels s’installent au centre-ville pour accommoder les nombreux visiteurs et voyageurs de commerce. À titre d’exemple, en 1907, on dénombre pas moins de 16 hôtels à Saint-Hyacinthe.

En 1870, on trouve l’Hôtel Exchange, à l’angle de la rue Saint-Antoine et de l’avenue Saint-Simon, alors propriété de Michel Guertin. Il est détruit lors du grand feu de septembre 1876 qui réduit les trois quarts du centre-ville en cendres. On le reconstruit rapidement puisque Mgr Charles-Philippe Choquette rapporte l’installation, en juillet 1877, d’un des quatre postes signaleurs d’incendie à l’Hôtel Ottawa.

Jean-Baptiste Daudelin en est le propriétaire en 1883 et le qualifie dans sa publicité de « maison de première classe offrant une bonne table, de bonnes chambres, un service ponctuel et effectif ». Le malheur s’abat à nouveau sur l’hôtel puisqu’il disparaît dans l’incendie du 20 mai 1903 qui ravage 20 carrés de maisons au sud de la rue Saint-Antoine. Il est alors la propriété de Calixte Ledoux qui le fait reconstruire plus tard dans le courant de l’année au même emplacement. L’inscription 1903, bien en vue sur sa façade, a longtemps été témoin de son passé.

Calixte Ledoux décède le 21 août 1923, d’un cancer du foie, après quelques mois seulement de maladie. Mélina Gobeil, veuve Ledoux, vend l’hôtel en 1925 à Médéric d’Anjou, de La Patrie, pour la somme de 14 000 $.

Durant les années 1930 et 1940, plusieurs assemblées, conférences, réunions et réceptions de tous genres ont lieu à l’Hôtel Ottawa. Puis, au début des années 1950, dans le but de diversifier ses activités et d’augmenter sa clientèle, le propriétaire, Jean D. Céré, décide d’aménager une salle de spectacles qu’on baptise le Grill de l’Hôtel Ottawa. Cet ajout, situé sur la rue Saint-Simon, devient une boîte très à la mode durant deux décennies. En 1952, Jean et Roger Lefebvre deviennent les propriétaires de l’Hôtel Ottawa. Un orchestre y joue chaque soir sur la mezzanine. Des concours de danse y sont régulièrement organisés. Dans les années 1950, l’orchestre maison est dirigé par Hugues Parenteau, puis au début des années 1960, par Ray Laliberté.

C’était la grande époque des cabarets et plusieurs vedettes s’exécutent sur la scène de l’Hôtel Ottawa. Les spectacles ont lieu le samedi soir à 21 h 45 et à 23 h 30. Parmi les artistes qui ont foulé les planches du Grill, mentionnons les chanteurs et chanteuses Paul Breckenridge, Dominique Michel, Michel Louvain, Pierrette Beauchamp, Lucien Boyer, Jen Roger, Muriel Millard et Michèle Richard. Il y avait aussi de populaires numéros d’humour avec, entre autres, Rose Ouellette (La Poune), Roméo Pérusse et Doris Lussier (Le Père Gédéon). Ajoutons à cela des spectacles de magie, d’hypnotisme et d’équilibrisme. Le 20 février 1960, le chimpanzé savant Spanky y fait même son numéro!

Dans les années 1970, les spectacles sont moins fréquents, mais la danse est toujours à l’honneur. En 1979, Jean et Roger Lefebvre vendent l’hôtel qui change de nom et devient l’Auberge Chez Roberto. Des orchestres de différents styles (musique bavaroise, musique western, etc.) animent les soirées du jeudi, vendredi et samedi. L’Auberge Chez Roberto cesse ses activités en février 1981.

Dès le mois de mai, on ouvre une salle de spectacles, Le Bardasse, qui se spécialise dans le rock. C’est le groupe Corbeau qui ouvre officiellement Le Bardasse. Malgré une programmation intéressante (Nanette, Bertrand Gosselin, Richard Séguin), l’expérience est un échec et Le Bardasse ferme ses portes après six mois d’opération seulement. En 1982, un bar de danseuses nues et de gogo boys, le Kojack y ouvre ses portes. Il devient ensuite le Bar Jack. L’endroit connut de nombreux déboires avec la justice. Il ferme ses portes en 2011.

L’hôtel devient un immeuble locatif au début des années 1980. Dès 1974, il est possible de louer des chambres à la semaine et au mois. Dans les années 1990, le bar Saint-Antoine fait vibrer ses habitués au son de la musique alternative. Depuis quelques années, l’édifice abritait un restaurant de cuisine asiatique ainsi qu’une boutique de golf.

Avec cet incendie, c’est malheureusement tout un pan de notre histoire qui disparaît.

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