24 novembre 2022
Infrastructures : retour sur le cafouillage de la rue Bourassa
Par: Sarah-Eve Charland
L’entrepreneur a dû casser des trottoirs fraichement coulés sur la rue Bourassa en septembre. Photo François Larivière | Le Courrier ©

L’entrepreneur a dû casser des trottoirs fraichement coulés sur la rue Bourassa en septembre. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Les travaux sur la rue Bourassa à Saint-Hyacinthe, qui devaient au départ s’échelonner sur six semaines, se sont éternisés. Commencés à la mi-juin, ils se sont terminés 14 semaines plus tard que ce qui avait été prévu.

La Ville de Saint-Hyacinthe explique ces retards de plusieurs façons. Dans un premier temps, l’opposition de citoyens au retrait d’un trottoir d’un côté de la rue aurait retardé les travaux, selon l’administration. Cette affirmation a d’ailleurs fait sursauter le citoyen Marc Bisaillon qui a dénoncé le cafouillage entourant la rue Bourassa dans une lettre d’opinion publiée le 6 octobre dans LE COURRIER.

M. Bisaillon s’est fait le porte-parole des résidents de la rue pendant la durée des travaux en questionnant à plusieurs reprises les élus. Il a d’ailleurs mentionné qu’une section de trottoir à l’intersection des rues Bourassa et Saint-Joseph avait été refaite quatre fois.

Ce que la porte-parole de la Ville de Saint-Hyacinthe, Brigitte Massé, nie. « Le même travail n’a pas été refait à quatre reprises, mais à quatre endroits différents où ont été coulés de nouveaux trottoirs. Ils ont dû être repris par l’entrepreneur. »

Des trottoirs au mauvais niveau

L’été dernier, LE COURRIER a obtenu des informations comme quoi la hauteur des trottoirs n’était pas conforme en raison de mauvais calculs d’arpentage. Lorsque questionné à la mi-août à ce sujet, le directeur du Service du génie, Charles Laliberté, avait réfuté le tout, disant qu’il était normal que les niveaux des trottoirs soient plus bas qu’avant les travaux.

« On a construit un nouveau trottoir. Il se trouve plus bas qu’avant les travaux. Les terrains privés doivent se drainer vers la rue. Pour ce faire, il faut que l’eau passe par-dessus le trottoir. C’est comme ça pour tous les travaux de génie civil. Il faut retravailler le profil de rue à la nouvelle élévation du trottoir. Ce n’est pas évident. Ce sont des questions de génie civil », avait-il expliqué.

Dans les courriels échangés entre la Ville et l’entrepreneur, dont LE COURRIER a obtenu copie, on constate que la Ville a contacté l’entrepreneur le 26 août, soit 11 jours plus tard, pour annoncer que plusieurs sections de trottoir étaient à reprendre à cause de « quatre mauvaises surprises ». Les hauteurs de certaines sections du trottoir n’avaient pas été respectées. Le technicien invitait ainsi l’arpenteur de l’entrepreneur à valider les mesures.

À la mi-septembre, on a donc pu observer l’entrepreneur casser le trottoir fraîchement coulé sur la rue Bourassa pour en construire un nouveau. Selon la Ville, cette erreur revient à l’entrepreneur et c’est ce dernier qui assumera les frais pour la corriger.

On a aussi pu observer que la Ville a envoyé à quelques reprises de nouvelles directives, par courriel à l’entrepreneur, en cours de route. Par exemple, au début juillet, la Ville a envoyé de nouveaux plans afin de déplacer deux puisards. À la mi-juillet, la Ville a aussi demandé d’ajouter au contrat une reconstruction de trottoir entre l’avenue Sainte-Anne et le boulevard Laframboise.

L’entreprise Lambert & Grenier n’a pas voulu commenter le dossier. « Quand on a des contrats avec la Ville, on n’est pas tenu de commenter. Elle peut dire ce qu’elle veut », nous dit-on du côté de l’entrepreneur concerné.

Celui-ci avait obtenu le contrat de reconstruction de bordures et de trottoirs pour neuf rues pour un montant de 781 197,64 $. Les travaux sur la rue Bourassa consistaient à déplacer des puisards et à enlever les deux trottoirs qui s’y trouvaient, mais pour n’en reconstruire qu’un seul.

Une fondation remise en question

Une inspection approfondie de la fondation de la rue aurait aussi contribué au prolongement des travaux. Selon la direction générale, l’état de la fondation inquiétait à un certain moment. S’il avait fallu effectuer des travaux sur la fondation, il y aurait eu un dépassement de coûts de plus de 100 000 $, selon le maire André Beauregard. Au final, on a estimé que la fondation était adéquate, mais nécessitait quelques ajustements sur les niveaux. Le directeur général de la Ville, Louis Bilodeau, assure qu’il n’y a pas eu de dépassement de coûts pour la rue Bourassa.

« Nous avons toutefois dû procéder à l’enlèvement complet du pavage existant, précise la porte-parole de la Ville, Brigitte Massé. À la suite de cette étape, l’entrepreneur en bordures s’est mobilisé pour construire la nouvelle bordure. Nous [avons] ajusté les niveaux de fondation de rue pour recevoir le pavage. Toutes ces étapes requièrent un certain temps. »

M. Bilodeau admet que les travaux sur certaines rues, comme Duvernay et Desaulniers, prévus au calendrier 2022, ont dû être reportés à l’année prochaine puisque le temps manquait. La Ville de Saint-Hyacinthe avait annoncé plusieurs chantiers majeurs en 2022 touchant la réfection des pavages, trottoirs et bordures de rues.

D’autres erreurs de ce genre?

Un cafouillage semblable s’était produit au moment de faire les travaux sur l’avenue Mercure en 2021. Selon le directeur du Service du génie, l’entrepreneur responsable du projet a commis des erreurs ponctuelles sur l’implantation des trottoirs. La bordure n’avait pas été construite aux bons niveaux. Ce serait encore l’erreur de l’entrepreneur responsable du chantier. Cette fois-ci, c’était Pavages Maska qui avait obtenu le contrat.

« La Ville est en droit de demander une reprise des travaux aux frais de l’entrepreneur. Les gens qui voient ça ne savent pas tout ce qui se passe derrière. Ça peut avoir l’air bizarre, c’est sûr », conclut M. Laliberté.

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