8 septembre 2022
Abattoir d’Exceldor à Saint-Hyacinthe
Là c’est vrai!
Par: Martin Bourassa
Martin Bourrassa

Martin Bourrassa

En théorie, il n’y a plus aucun obstacle à l’implantation du nouvel abattoir de la coopérative Exceldor sur une terre agricole à Saint-Hyacinthe. L’Union des producteurs agricoles de la Montérégie vient de déposer les armes. Il était temps.

L’UPA régionale a décidé de ne plus faire obstruction au projet, de guerre lasse et ayant épuisé presque tous les recours possibles. Presque.

Elle aurait toujours pu en appeler de la décision rendue par le Tribunal administratif du Québec confirmant l’exclusion de 10 hectares octroyée à la MRC des Maskoutains pour l’usage exclusif d’Exceldor par la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ), mais elle n’avait que très peu de poigne légale. Tous ses arguments ayant été rejetés, elle avait plus à perdre qu’à gagner dans l’opinion publique en s’obstinant davantage.

Elle rentre donc dans le rang avec amertume face à la façon dont la CPTAQ a géré toute cette affaire. Il est vrai que ses commissaires ont rendu deux décisions en apparence contradictoires et qu’il y a de quoi se gratter la tête un peu.

Mais j’ai envie de dire au président de la branche montérégienne de l’UPA, Jérémie Letellier, que la CPTAQ n’est pas à une contradiction près. Loin de là.

Il suffit de jeter un œil au dossier du déménagement des Encans de la ferme de Saint-Hyacinthe vers Saint-Simon pour s’en convaincre, alors que la CPTAQ et l’UPA s’opposent au projet pour des considérations qui résistent difficilement à l’analyse des faits et des décisions passées. Mais revenons plutôt à nos volailles.

En ce qui concerne Exceldor, l’UPA a subi une défaite honorable. Personne ne pourra dire qu’elle n’a pas bien fait son travail dans ce dossier qu’elle a tant combattu, même si ce sont les producteurs de volailles, et membres du syndicat tout puissant, qui profiteront le plus de l’ajout d’un abattoir moderne et performant en sol maskoutain, le plus ambitieux projet jamais porté par Exceldor.

Même si une nouvelle mouture devra être élaborée – il faudra construire une usine sur 10 hectares au lieu de 14 comme souhaité au départ –, il a toujours été question d’un investissement de 250 à 400 M$ pour des installations devant nécessiter entre 600 et 1200 travailleurs sur une période de 10 ans.

C’est le genre de projet structurant qui ne passe pas tous les jours chez nous. Et je ne vois pas pourquoi il aurait fallu s’en priver et qu’il faudrait regretter qu’il se fasse chez nous et non à Drummondville.

On a tendance à l’oublier et/ou à ne pas le dire assez souvent, mais la superficie agricole de Saint-Hyacinthe ne souffrira pas de cette perte de 10 hectares. Cette zone verte cultivable est même plus grande et mieux protégée qu’avant le début des procédures de la CPTAQ en 2018. La Ville a en effet concédé à long terme par bail des dizaines d’hectares de terres réservées à l’École professionnelle et à l’ITAQ en signe de bonne foi et de compensation.

En théorie, disais-je plus tôt, Exceldor a maintenant le champ libre devant elle. En pratique par contre, on devine qu’il reste encore quelques ficelles à attacher.

La coopérative avait posé deux conditions quand elle a confirmé la conclusion d’une entente de principe avec la Ville de Saint-Hyacinthe en novembre 2018. L’adhésion des employés de l’usine de Saint-Damase à une entente qu’il scellerait les conditions de leur déménagement à Saint-Hyacinthe et un accord avec les instances gouvernementales sur le montage financier. Resterait maintenant la seconde condition à remplir.

À ce sujet, on me dit que ça attache avec Québec, mais on ne sait trop ce qu’il en est avec Ottawa. Du côté de la Ville de Saint-Hyacinthe, on piaffe d’impatience même si on tarde encore et toujours à dire aux Maskoutains ce que l’on a promis à Exceldor pour l’attirer chez nous. Les Maskoutains ont maintenant le droit de savoir. D’autant plus qu’il sera facile de plaider que l’investissement en valait la chandelle. Toutes les municipalités voisines auraient été prêtes à donner un terrain et de l’eau à bon prix à Exceldor en échange de si importantes et précieuses retombées.

Il se sera donc écoulé sept ans entre les premières discussions sur le projet avec les gens de Saint-Hyacinthe Technopole et le feu vert des autorités. Espérons qu’il ne faudra pas attendre la première pelletée de terre aussi longtemps.

image