17 février 2022
Convoi de la liberté
La dérape
Par: Le Courrier

Je vous rassure tout de suite, les lecteurs du COURRIER ne sont pas des gens d’extrême droite qui flirtent ouvertement et librement avec ce courant radical. Ces idées n’influencent aussi aucunement notre ligne éditoriale. Ce n’est pas le style de la maison et encore moins dans nos habitudes d’encourager la zizanie et la révolte.

Comment expliquer alors que 87 % des quelque 3117 répondants à notre question Internet de la semaine du 3 au 9 février ont répondu qu’ils appuyaient les camionneurs du convoi de la liberté, ceux qui assiègent avec d’autres coucous le centre-ville d’Ottawa depuis près de 20 jours? Je n’ai pas de grandes explications à vous donner, mais je vous partage quand même quelques pistes de réflexion. D’abord une mise au point. Cette question hebdomadaire n’a aucune prétention scientifique. Nous ne sondons pas nos lecteurs en les appelant ou en leur adressant un questionnaire détaillé comme le ferait toute bonne firme de sondage reconnue.

Ne cherchez pas de méthodologie à la clé, il n’y en a aucune. Cette question Internet sert à connaître l’humeur de nos lecteurs réguliers ou de passage sur le web sur un sujet d’actualité. Elle permet de prendre la température de l’eau, comme je me plais à le préciser chaque fois qu’on me questionne sur nos sondages maison. Pour enregistrer son vote dans le camp du Oui ou du Non, il suffit de se connecter à notre site Internet et d’enregistrer son vote. C’est accessible à tout le monde, rapide et gratuit.

Il arrive aussi régulièrement, mais pas toujours, que notre question de la semaine parte en vrille. Des groupes de pression peuvent la récupérer aisément et lui donner des ailes en la partageant à leurs partisans. En s’organisant pour faire sortir le vote et influencer le résultat, selon leurs intérêts du moment. C’est arrivé par le passé, que ce soit avec les étudiants de la Faculté de médecine vétérinaire sur notre question concernant l’ajout d’horodateurs dans le secteur du Quartier des études supérieures ou avec les marchands du centre-ville pendant la saga entourant la piétonnisation de la rue des Cascades à l’été 2020.

Le nombre de votes enregistrés sur une semaine donnée est un bon indicateur, car la moyenne hebdomadaire tourne habituellement autour des 300 répondants. Avec plus de 3100 répondants entre le 3 et le 9 février, il est donc permis de penser que la mobilisation du camp du Oui a opéré avec succès sur les réseaux sociaux. Bien entendu, on ne niera pas que certaines personnes aient pu donner leur appui aux camionneurs pour les bonnes raisons, sans vouloir encourager la révolte et l’anarchie. Quand le convoi de la liberté s’est mis en branle et s’est arrêté à Saint-Liboire le 28 janvier, il y avait un côté bon enfant à cette démarche qui consistait, croyait-on, à manifester bruyamment le ras-le-bol des citoyens de guerre lasse après près de deux ans de pandémie, de mesures sanitaires et de confinement à intensité variable.

Notre question lancée le 3 février cherchait donc à saisir l’humeur du moment, au début d’un mouvement qui a dégénéré. À la vue de ce qui se passe à Ottawa, il y a un bon moment déjà que la sympathie du début a pris le bord. La capitale nationale est assiégée. Des citoyens se sentant pris en otage commencent à perdre patience. La tension est à couper au couteau. Les autorités policières et les instances politiques municipales, provinciales et fédérales sont dépassées et n’ont jamais été en contrôle. Comme gestion de crise, ce fut d’une nullité absolue, un échec lamentable, un véritable fiasco. Tant et si bien que le mouvement de révolte a pris une ampleur insoupçonnée, au point d’inspirer des actions semblables ailleurs au Canada et même à travers le monde. La dérape totale!

À Québec, un convoi de la liberté se prépare à reprendre le chemin de la vieille capitale pour faire du trouble et revendiquer que le gouvernement renonce à tout jamais au passeport vaccinal et réclamer la destitution du premier ministre François Legault. Rien que ça!

En désespoir de cause, le gouvernement Trudeau vient de sortir de sa torpeur en invoquant la Loi des mesures d’urgence afin de renforcer et de soutenir le travail des policiers. C’est une version soft de l’ancienne Loi sur les mesures de guerre associée à la crise d’octobre de 1970. C’est surtout le dernier recours possible avant l’envoi de l’armée, une issue qui ne serait pas sans déplaire aux extrémistes qui alimentent le feu.

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