3 Décembre 2015
Dissolution du CLD
La fin d’un coûteux bras de fer
Par: Martin Bourassa

La dissolution récente du CLD Les ­Maskoutains permettra à l’organisme de fermer ses livres et de clore un ­chapitre particulièrement onéreux.

Publicité
Activer le son

Au cours des trois dernières années, le CLD local a dépensé plus de 105 000 $ en honoraires d’avocats pour répondre à une demande d’accès à l’information du Courrier de Saint-Hyacinthe. Ce dernier souhaitait obtenir différents documents, dont des relevés de cartes de crédit, des comptes de dépenses et le contrat de ­travail de l’ancien directeur général ­Mario De Tilly.

Le dossier s’est même transporté ­devant la Commission d’accès à ­l’information du Québec (CAI), appelée à décider de ce qui devait être rendu public ou pas.

Dans un jugement rendu le 15 avril, la CAI a en quelque sorte coupé la poire en deux, en accueillant partiellement la ­demande de révision formulée par LE COURRIER.

Si la Commission s’est rendue aux ­arguments du procureur du CLD en ­refusant de lever le voile sur la nature des dépenses personnelles des employés du CLD portées sur les cartes de crédit corporatives de l’organisme, sous ­prétexte qu’elles auraient toutes été ­remboursées par les principaux ­concernés, la Commission a forcé le CLD à ­révéler plusieurs éléments qu’il ­souhaitait soustraire à la vue du ­COURRIER.

C’est entre autres le cas du nom des ­titulaires des cartes de crédit du CLD et de la nature des dépenses de formation réclamées par les employés.

Dans sa réponse à la demande initiale du COURRIER, le CLD avait ­caviardé des dizaines de données et ­transactions se trouvant sur les cartes de crédit, dont toutes les dépenses de ­formation qui ont permis aux cadres et aux employés de se perfectionner aux frais de leur employeur entre 2008 et 2012. L’ex-directeur général ­Mario De Tilly a ainsi porté sur sa carte de crédit du CLD des frais engagés à l’École Nationale d’Administration publique, tout comme Nathalie ­Laberge, ex-­directrice générale adjointe. D’autres employés de ­l’organisme ont fait de même pour des cours à l’Université de Trois-Rivières, à l’Université de ­Sherbrooke et au Cégep de Saint-­Hyacinthe.

Le CLD remboursait même les ­dépenses reliées à l’achat de notes de cours et de matériel didactique de ses employés.

Brésil et dépenses à la carte

Les informations reçues grâce à l’intervention de la CAI confirment également des révélations faites par LE COURRIER au printemps 2013 dans une enquête qui a mis en lumière les problèmes de reddition de comptes et de gouvernance du CLD Les Maskoutains.

Ainsi, à un certain moment, pas moins de sept cartes de crédit corporatives étaient en circulation au CLD entre 2008 et 2012. Même l’actuel maire de Saint-Hyacinthe, Claude ­Corbeil, en possédait une du temps où il était commissaire agricole du CLD. Outre Mario De Tilly, on constate que le responsable des ­communications et des projets spéciaux du CLD, Donovan St-Hilaire, n’a pas ­ménagé sa carte ­corporative durant cette période, lui qui explique avoir ­toujours fait ce que ses supérieurs lui ­disaient de faire quant à l’utilisation de cette carte.

Parmi les dépenses de M. St-Hilaire qui retiennent l’attention, on remarque de nombreux déplacements à l’étranger, particulièrement au Brésil où l’organisme a effectué plusieurs voyages et ­missions de prospection de 2008 à 2012.

Au cours de l’année 2008, M. St-Hilaire y a même séjourné pendant près de deux mois et demi, dans le cadre d’un échange d’employés avec une ­organisation ­brésilienne, justifie-t-il. M. St-Hilaire ­aurait même suivi des cours à distance auprès d’une institution privée brésilienne, mais il assure qu’il n’a jamais ­profité de ses voyages ­d’affaires au Brésil pour poursuivre sur place cette formation qu’il assure avoir défrayée de sa poche.

Parmi les achats de billets d’avion ­effectués par le CLD à destination du ­Brésil, on retrouve en juin 2008 la trace d’un billet au nom d’André Barnabé, qui était à ce moment premier vice-président de la Cité de la biotechnologie. « Mon ­employeur [Boviteq] a payé et remboursé la Cité, s’est souvenu M. Barnabé. Semex a une filiale là-bas et au niveau agroalimentaire le Brésil n’a pas besoin de présentation. »

En plus de ce voyage au Brésil, M. ­Barnabé aurait aussi participé à un autre voyage du CLD, dans le cadre d’une mission économique en Italie.

Outre les voyages à l’étranger, on ­retrouve également sur les cartes de ­crédit du CLD la trace de certaines ­dépenses directement liées au fonctionnement de la Cité de la biotechnologie, un organisme privé apparenté au CLD Les Maskoutains.

C’est le cas des dépenses d’adhésion annuelle de la Cité à l’Association of ­University Research Parks (AURP). C’est cet organisme qui a décerné à la Cité de la biotechnologie le prix du ­meilleur parc technologique en ­émergence au monde en 2011. Même les frais d’hébergement de la délégation maskoutaine qui s’était rendue en Nouvelle-Orléans pour cueillir ce prix ont été assumés par le CLD et non la Cité.

image