27 octobre 2022
La tombée du rideau pour Michelle Mignault
Par: Maxime Prévost Durand
Après avoir accueilli pendant une quinzaine d’années les artistes et la clientèle de passage au Centre des arts Juliette-Lassonde, la gérante de salle Michelle Mignault prendra officiellement sa retraite le 29 octobre. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Après avoir accueilli pendant une quinzaine d’années les artistes et la clientèle de passage au Centre des arts Juliette-Lassonde, la gérante de salle Michelle Mignault prendra officiellement sa retraite le 29 octobre. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Tout au long de sa carrière au Centre des arts Juliette-Lassonde, la gérante de salle Michelle Mignault s’est assurée que les artistes, les équipes techniques et les spectateurs se sentent comme à la maison lors des soirs de spectacles. Pour bien des gens, son visage était devenu aussi familier que celui d’une mère dans cette salle. Le 29 octobre, après 15 ans de service, le rideau tombera et elle prendra une retraite bien méritée.

Le spectacle de Luc Langevin sera le dernier pour lequel elle sera en poste. Mais ce n’est pas l’illusionniste qui la fera disparaître, a-t-elle tenu à rassurer à la blague lors d’une rencontre avec LE COURRIER. « Je suis rendue là », dit-elle avec sérénité.

Au fil des années, elle ne compte plus le nombre d’artistes et de spectacles qu’elle a vu défiler devant ses yeux, mais on se doute bien que le décompte doit être élevé. Et le nombre d’anecdotes l’est tout autant.

« En 15 ans, j’ai développé beaucoup de liens [avec les artistes et la clientèle] », souligne-t-elle avec un sourire rempli de gratitude.

Sommairement, son travail consistait à accueillir les artistes et leur équipe, à accueillir les clients, à faire les inventaires de la salle et les différents achats pour les artistes et les spectateurs, puis à gérer les équipes d’accueil et du bar. Mais c’est aussi bien plus que ça.

« Une fois, Mario Pelchat avait oublié ses boutons de manchettes. Il s’en est rendu compte pendant l’entracte. Je lui ai dit : donne-moi cinq minutes et je vais t’en faire, mais avec des boutons », raconte-t-elle en riant.

Elle se remémore aussi la fois où un artiste avait oublié sa ceinture. Pour assurer son confort, elle avait emprunté la ceinture d’un employé du Centre des arts.

« Ce sont des niaiseries, mais les artistes s’en souviennent. Mario Pelchat m’en reparle de ses boutons de manchettes et il les a encore. C’est juste d’avoir l’esprit vif et de se dire qu’il n’y en a pas de problème. Il faut toujours être en mode solution, même avec la clientèle. »

Lorsqu’on lui demande si des artistes ont été particulièrement marquants dans sa carrière, elle répond que non. Non par manque d’appréciation, mais plutôt par professionnalisme.

« Pour faire l’emploi que je fais, c’est sûr qu’il ne faut pas être groupie. Si tu l’es, tu n’y arriveras pas parce que tu vas déroger du cadre de ton emploi d’une certaine façon. »

Apprendre sur le tas

Michelle Mignault a été engagée comme gérante de salle en octobre 2007, soit quelques mois après l’inauguration du Centre des arts Juliette-Lassonde. Elle n’avait alors aucune expérience dans une salle de spectacles. Elle a appris sur le tas.

« J’apprends vite, dit-elle sans prétention. J’ai toujours travaillé dans le public. Je l’ai en moi ça. Avant de venir ici, j’ai travaillé pendant 10 ans pour la Galerie Vanier au centre commercial. »

La charge de travail était loin d’être la même qu’aujourd’hui à l’époque. Le Centre des arts venait tout juste d’ouvrir ses portes, seule la salle Desjardins accueillait des spectacles – le cabaret André-H.-Gagnon n’était pas encore aménagé dans sa configuration actuelle – et le nombre de spectacles était beaucoup moindre. Au départ, elle devait même faire de la billetterie pour arriver à compléter ses 35 heures de travail par semaine. Aujourd’hui, avec une programmation bien remplie et deux salles pouvant être opérées simultanément, elle ne compte plus les heures qu’elle donne en tant que gérante de salle.

« C’est une passion pour moi. Quand j’accueille les artistes, je le fais comme si c’était ma famille », soutient-elle avec la douceur qu’on lui connaît.

Elle ne néglige pas les petites attentions laissées aux artistes dans les loges, comme un morceau de leur gâteau préféré lorsque c’est leur fête. « Ce ne sont pas de grosses dépenses, mais c’est chaleureux de leur donner ça et ils disent que ça les fait sentir comme à la maison. Dans ce temps-là, mon travail est fait. »

Michelle Mignault se plaît aussi à jouer le jeu des demandes des artistes, qui ont presque toujours une petite liste d’items qu’ils souhaitent retrouver dans leur loge. « Souvent, à la fin de leur liste, ils vont mettre un item qui n’a pas rapport, juste pour voir si on a lu le devis jusqu’au bout. Ça peut être une brosse à dents, une photo de Serge Postigo, une figure Lego… Ce ne sont pas des vraies demandes, mais je les fais toujours quand même lorsque je peux le faire. »

Le fait de travailler durant toutes ces années au Centre des arts Juliette-Lassonde lui a permis d’œuvrer au cœur de la scène culturelle, un milieu qui la fait vibrer depuis qu’elle est toute jeune.

« J’ai toujours eu un côté artistique. J’ai commencé à faire de la peinture à l’âge de 8 ans. La vie a fait en sorte que j’ai arrêté, mais à ma retraite, je compte recommencer à en faire. La dernière peinture que j’ai faite remonte à quand j’étais enceinte de ma fille, qui a 39 ans aujourd’hui! Je pense qu’il va falloir que je fasse du ménage dans mon coffre », conclut-elle en riant.

Brigitte Bernard, qui était déjà préposée à la billetterie, a été choisie pour lui succéder à titre de gérante principale du Centre des arts Juliette-Lassonde.

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