17 novembre 2022
Land Back : une exposition qui « aide à la réconciliation »
Par: Maxime Prévost Durand
La 6e édition de la Biennale d’art contemporain autochtone culmine par une exposition itinérante de Land Back à Expression. Photo François Larivière | Le Courrier ©

La 6e édition de la Biennale d’art contemporain autochtone culmine par une exposition itinérante de Land Back à Expression. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Certaines œuvres de Land Back font référence aux marques laissées au sein des communautés autochtones au fil des années, dont ces mains moulées qui rappellent les tragédies survenues dans les pensionnats. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Certaines œuvres de Land Back font référence aux marques laissées au sein des communautés autochtones au fil des années, dont ces mains moulées qui rappellent les tragédies survenues dans les pensionnats. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Déployée simultanément en sept lieux différents à Montréal, à Sherbrooke et à Québec au printemps, la 6e édition de la Biennale d’art contemporain autochtone (BACA) regroupe certaines de ses œuvres les plus marquantes à l’occasion d’une exposition unique à Expression jusqu’au 23 décembre.

Le centre d’exposition de Saint-Hyacinthe devient le premier site à accueillir une version itinérante de la BACA, qui pourrait ressembler à une rétrospective de la plus récente édition présentée sous le thème Land Back. L’exposition regroupe uniquement des œuvres créées par des artistes d’origine autochtone, provenant de partout au Canada.

« C’est un intérêt qu’on avait [d’accueillir la BACA chez nous], mentionne le directeur général d’Expression, Marcel Blouin. Il y a une difficulté à présenter des artistes autochtones tout en ayant un respect et la recherche nécessaires pour bien le faire. On trouvait donc important de travailler avec des gens reconnus pour leur travail. Comme ils ont réalisé plusieurs biennales avec des artistes autochtones, ça nous apparaissait une valeur sûre. »

Puisque les disponibilités au calendrier d’Expression ne permettaient pas au centre d’exposition maskoutain d’être intégré à la programmation régulière de la BACA, l’idée de cette version itinérante a été proposée.

« C’est la première fois qu’on fait ça, affirme la coordonnatrice de la BACA, Christine Dufour. C’est une belle formule. Je trouve l’idée intéressante d’avoir une version condensée, après la biennale, qui se passe en région. »

Une cinquantaine d’artistes autochtones ont participé à la 6e édition de la BACA. De ce nombre, dix-huit exposent leurs œuvres à Expression depuis le 5 novembre.

« Leur travail concerne autant les changements climatiques que la politique, les ressources, la spiritualité et la résilience, résume Mme Dufour. Land Back, c’est une aussi une façon de se rappeler qu’ils sont toujours là. »

Les moyens de l’exprimer sont nombreux : des photos évocatrices qui portent à la réflexion côtoient des sculptures, des œuvres vidéographiques et de l’art textile, notamment. Certaines sont plus revendicatrices, d’autres font passer leur message avec une touche d’humour.

Au milieu de la salle d’Expression, une phrase toute simple, mais puissante, est inscrite en lettres dorées sur un mur : « Nous serons entendus ». Ces mots vont en corrélation directe avec les œuvres qui les entourent.

« On est à une époque où les gens revisitent l’histoire et remettent les choses en contexte. Je crois qu’une exposition comme on fait présentement aide à la réconciliation parce qu’on montre des choses que les personnes autochtones font et les enjeux qui leur tiennent à cœur », souligne le commissaire Michael Patten.

Les photos exposées par Lori Blondeau en sont un bel exemple. On y voit une femme vêtue d’une robe rouge, debout sur une pierre au milieu d’un terrain dynamité au profit d’un projet mené par le gouvernement albertain sans que les Premières Nations qui occupent ce territoire aient été consultées. Cette représentation de résilience et de réappropriation du territoire fait aussi référence, par le morceau de vêtement, aux femmes autochtones disparues et assassinées.

Tout près, des photos de l’artiste Duane Isaac, un confectionneur de masques bispirituel, témoignent des cicatrices laissées sur les peuples autochtones et de leur résilience. Son protagoniste se présente torse nu, tout en muscle, avec le visage couvert d’un masque en flamme. « Il évoque la destruction sur son masque, mais on le voit qui est toujours là, debout et fort », décrit Michael Patten.

Plus loin, les sévices subis dans les pensionnats autochtones sont abordés par l’installation sculpturale poignante de Roxanne Charles. Des mains en plâtre, qu’elle a moulées parmi des gens de sa communauté, sortent du mur comme si elles cherchaient de l’aide. « Ça humanise les tragédies qui ont été vécues. De voir des mains, dans l’espace, ça donne le sentiment que beaucoup de gens ont été affectés par ça. »

La dernière section de l’exposition porte un regard vers le futur avec des œuvres qui allient tradition et réinvention, autant dans leur manière d’être présentées que dans leur proposition artistique.

Une catastrophe évitée

Un dégât d’eau survenu à peine quelques jours avant le vernissage de l’exposition de la BACA, à la suite d’un bris du système de gicleurs, a fait craindre le pire à Expression. L’exposition n’a finalement pas été compromise, mais elle durera sept semaines au lieu des onze prévues initialement.

Toute la partie arrière du centre d’exposition a été inondée, relate Marcel Blouin. Heureusement, aucune œuvre n’a été endommagée par l’eau même si elles étaient déjà toutes accrochées au moment du bris.

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