10 mars 2022
Le Cégep de Saint-Hyacinthe doit se prononcer en faveur de la loi 101 au collégial
Par: Le Courrier

Depuis quelques mois, des débats importants ont lieu dans la vie publique au sujet de l’extension de la loi 101 au collégial. De quoi s’agit-il? Le Québec possède deux réseaux d’éducation collégiale : un en français et l’autre en anglais. De nombreuses études et des reportages ont démontré que les cégeps anglais bénéficient d’une attractivité galopante qui s’accentue d’année en année chez les jeunes élèves francophones et allophones.

Pourtant, à leur création, les cégeps anglais étaient destinés à la seule minorité anglophone du Québec, dont on voulait assurer les droits fondamentaux. Or, nous voilà maintenant dans cette situation ubuesque où les cégeps anglais sont devenus des plaques tournantes des études postsecondaires, au point où Dawson, John Abbott et Champlain College sont vus par beaucoup de jeunes Québécois comme des écoles de prestige incontournables pour tout élève ambitieux. De plus en plus, les cégeps français pâtissent d’une mauvaise réputation de marginalité et d’indigence qui les condamne à moyen et à long terme à l’insignifiance.

Le chercheur Frédéric Lacroix, spécialiste des questions linguistiques, a montré dans ses livres Pourquoi la loi 101 est un échec (2020) ainsi que Un libre choix? (2021) que la langue choisie pour faire ses études au cégep est très souvent un choix de vie. Cela signifie que l’élève qui fait le cégep anglais continuera bien souvent ses études universitaires en anglais (à McGill ou à Concordia) et qu’il ira par la suite travailler en anglais, dans la région métropolitaine de recensement de Montréal qui s’anglicise d’année en année.

Beaucoup de Maskoutains ne se rendent pas compte du danger que court le Québec français en ce moment même. L’heure est pourtant grave : selon les données du recensement canadien, dans les dernières années, le taux de francophones au Québec a chuté sous le seuil historique de 80 %, qui avait jusque-là toujours été un plancher démographique.

Selon les projections de Statistique Canada, les francophones pourraient chuter à 69 % de la population totale du Québec d’ici seulement 2036. L’île de Laval, par exemple, est passée de 78 % de francophones en 2001 à 63 % en 2016, ce qui correspond à une chute de 15 % en quinze ans. Montréal s’anglicise aussi très rapidement, au point où des arrondissements traditionnellement francophones ont une nouvelle population qui utilise de plus en plus l’anglais comme langue principale.

Le principal facteur de cette assimilation en accéléré est l’immigration massive, imposée par le régime canadien, qui fixe les seuils du nombre de nouveaux arrivants acceptés. Le programme d’Ottawa est clair : il s’agit de faire du Canada un territoire habité par 100 millions d’habitants d’ici 2100, alors que le pays en abrite présentement 38 millions. Pour ce faire, la façon principale trouvée par le régime canadien est l’augmentation constante des seuils d’immigration, pouvoir qui appartient à Ottawa.

Au fond, les choses n’ont pas tellement changé depuis l’époque de René Lévesque, qui avait des propos très durs et très justes à l’égard de la politique canadienne en immigration, déjà en 1970.

« On s’est donné un ministère de l’Immigration. L’autre, à Ottawa, pour lequel on paye, y a le droit de continuer à nous noyer, c’est lui qui a le pouvoir. Mais on en a un à Québec pour enregistrer la noyade. »

La noyade, c’est maintenant qu’elle a lieu. Le Québec français est menacé de disparition. L’une des seules manières de freiner cette sombre destinée, c’est en imposant les études collégiales en français aux francophones et aux allophones pour nous assurer que les nouvelles générations et les nouveaux arrivants s’intègrent au français langue commune.

Cela devra nécessairement s’ajouter à une baisse draconienne des seuils d’immigration. Sans quoi, les cégeps anglais sont appelés à prendre en importance et à absorber de plus en plus les prochaines générations vers l’anglicisation.

Voilà pourquoi le Cégep de Saint- Hyacinthe, à l’instar de dix autres cégeps au Québec, doit se prononcer en faveur de l’extension de la loi 101 au collégial.

Philippe Lorange, Saint-Hyacinthe

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