16 décembre 2021
Pompiste depuis toujours
Le décès soudain de Sylvie Ménard laisse un grand vide
Par: Sarah-Eve Charland

Les finissantes en Soins infirmiers, Maïka Chevrette et Noémie Ménard, ont effectué des manœuvres de réanimation sur la dame. Photo gracieuseté

Les finissantes en Soins infirmiers, Maïka Chevrette et Noémie Ménard, ont effectué des manœuvres de réanimation sur la dame. Photo gracieuseté

Sylvie Ménard avait le cœur sur la main. Son décès qui est survenu le 10 décembre au terme d’un accident sur le boulevard Laframboise a créé une onde de choc à Saint-Thomas-d’Aquin. Souriante, dévouée, attachante; les mots ne suffisent pas pour souligner l’impact de la pompiste dans la communauté.

« Ça faisait des années que vendre de l’essence n’était plus payant, mais on gardait cette partie de l’entreprise parce qu’elle aimait ça. Sylvie n’a jamais arrêté de penser à sa clientèle même après la fin du garage. Elle avait de la peine », souligne son neveu Michael Ménard.

La femme de 62 ans était bien connue dans la région. Sa famille opérait le Garage Bruno Ménard, à proximité des lieux de l’accident, jusqu’au printemps dernier. Elle a servi des clients pendant 42 ans en travaillant près de 14 heures par jour. Une vague d’amour s’est d’ailleurs propagée sur les réseaux sociaux afin de rendre hommage à cette dame connue pour son sourire et sa bonne humeur. « On savait qu’elle était appréciée, mais on ne s’attendait pas à ça », poursuit Michael Ménard.

« Elle n’a jamais manqué une journée de travail. Elle arrivait au garage à 4 h 30 du matin même s’il faisait moins de 30 degrés Celsius. Je lui demandais pourquoi elle faisait ça. Elle me répondait qu’il y avait des clients qui l’attendaient », raconte sa mère Huguette Gadbois-Ménard.

Sa famille évoque sa grande générosité. Sylvie Ménard donnait constamment à différentes causes et associations. Elle gardait aussi un bac de gâteries pour animaux afin de les donner aux passagers canins lorsque leurs propriétaires venaient mettre de l’essence dans leur véhicule. « Elle donnait un service qui ne se donne plus aujourd’hui », ajoute son frère Yves Ménard.

Le conseiller municipal du district Saint-Thomas-d’Aquin, Guylain Coulombe, a été secoué en apprenant la nouvelle. « C’était une personne attachante. Elle discutait avec tout le monde. Elle connaissait tout le monde par son prénom. […] Je pense que tout le monde à Saint-Thomas, et même une grande partie de Saint-Hyacinthe, la connaît. Elle donnait un service hors pair. Elle était rapide. On avait à peine le temps de se stationner qu’elle nous servait. »

Sylvie Ménard traversait à pied le boulevard Laframboise, comme elle l’a fait des milliers de fois, lorsqu’elle a été happée par un automobiliste vendredi dernier. L’accident s’est produit vers 17 h 30, à proximité de l’avenue Allaire, dans le secteur Saint-Thomas-d’Aquin. Selon la Sûreté du Québec, le conducteur du véhicule n’aurait pas aperçu la dame qui traversait la route à un endroit risqué. Des manœuvres de réanimation ont été pratiquées sur la victime par des passants jusqu’à l’arrivée des ambulanciers. Malgré une prise en charge et un transport rapides, son décès a été constaté au centre hospitalier Honoré-Mercier.

Des futures infirmières à la rescousse

En voiture, Noémie Ménard et Maïka Chevrette se dirigeaient au restaurant lorsqu’elles ont vu la victime étendue au sol. Noémie Ménard n’a pas hésité à revenir sur ses pas pour se stationner tout près et intervenir sur les lieux. Les deux jeunes femmes sont étudiantes au programme technique en Soins infirmiers. Elles en sont à leur troisième année de formation.

« On avait donc l’obligation de nous arrêter, même s’il y avait déjà des gens sur les lieux. Il y avait déjà plusieurs personnes autour de la victime. On est allées voir les gens qui étaient là. Ils étaient sous le choc. Je pense que ça venait juste de se passer. […] On a essayé de la stimuler. La stimulation ne fonctionnait pas. Elle était inconsciente, couchée au sol. On a regardé si elle avait un pouls. On était vraiment incertaines, mais on était sûres qu’elle ne respirait pas. On a regardé la réaction pupillaire. Elle n’avait aucune réaction. À ce moment-là, j’ai juste crié : on masse! », raconte Noémie Ménard.

Les deux futures infirmières se sont relayées avec une autre femme déjà présente sur les lieux pour effectuer des manœuvres de réanimation jusqu’à ce que les ambulanciers arrivent sur place. C’était la première fois que Noémie Ménard devait intervenir sur une situation d’urgence comme celle-là.

« Sur le coup, ça s’est bien passé. On a su garder notre sang-froid. C’est le après qui est moins drôle. Quand on s’est fait interroger par les policiers, ça allait. Lorsque je me suis retrouvée dans mon auto avec mon amie, on a explosé. Ce n’est pas facile à vivre. Je vois toujours les images de la personne dans ma tête. Je sais que ça va passer. Je suis bien entourée. Je ne suis pas inquiète », ajoute celle qui est encore plus confiante en son choix de carrière.

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