15 septembre 2022
Résidence des Sœurs de la Présentation de Marie
Le maire s’emmêle
Par: Martin Bourassa
Martin Bourrassa

Martin Bourrassa

S’emmêle ou s’en mêle, me demandera sans doute ma précieuse adjointe en lisant et en corrigeant mon éditorial de la semaine. Les deux expressions ne sont pas vilaines pour parler du rôle particulier joué par le maire André Beauregard dans la relance du projet de construction de la nouvelle résidence des Sœurs de la Présentation de Marie, dans le boisé situé à l’arrière de leur maison-mère de la rue Girouard.

Le maire s’en est mêlé et, ce faisant, il s’est emmêlé joyeusement, au risque de s’enliser et bien entendu de s’exposer à la critique. Bien inutilement d’ailleurs.

J’ai personnellement ressenti un gros malaise en prenant connaissance de la lettre qui a été adressée par la Ville de Saint-Hyacinthe et signée par le maire, le 6 septembre, aux résidents qui vivent dans le secteur où s’élèvera d’ici 2024 la résidence des religieuses.

Une lettre écrite au « Nous », mais signée au « Je », dans laquelle le maire informe les occupants que la relance du projet immobilier abandonné l’an dernier est imminente et que le projet est cette fois porté par un tout nouveau promoteur, le Groupe Fari, qui n’a rien de local et qui est relativement vert dans le domaine. Ce n’est pas de mauvais augure pour autant, cela dit. Simplement surprenant compte tenu du mystère qui continue de planer encore aujourd’hui sur l’abandon du projet Lokia à l’été 2021.

En plus d’exposer les grandes lignes du projet, et les différences entre celui-là et le premier qui est mort au feuilleton, le maire y annonce clairement qu’une disposition de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme permet de soustraire ce projet au règlement sur les projets particuliers de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble, les fameux PPCMOI dans le jargon de l’urbanisme.

Pour faire ça simple, cela signifie que le projet est une simple formalité et que les citoyens ne peuvent pas en dire grand-chose. À tout le moins, ils ne peuvent pas le bloquer par registre.

La même procédure s’était appliquée au projet précédent du Groupe Lokia. Il y avait eu un peu d’opposition dans le voisinage, mais pas trop. Certains avaient critiqué la hauteur des immeubles et l’impact appréhendé sur la circulation; d’autres la perte du boisé.

Bien loin de ce qu’on a vu et entendu comme rouspétage à Saint-Hyacinthe quand Groupe Sélection était débarqué au centre-ville, par exemple. Mais peut-être juste assez cependant pour indisposer et refroidir les ardeurs des bonnes sœurs.

D’où émane mon gros malaise, demandez-vous? Du fait que le maire fasse lui-même la promotion d’un projet privé bien ficelé d’avance. Une seconde mouture dont la population ne savait rien, pas même le nom du promoteur avant qu’il adresse sa lettre au voisinage.

J’ai beau chercher, je ne trouve pas de précédent à cette démarche inusitée. Est-ce bien le rôle d’un maire de se faire le porte-voix d’un projet et d’un promoteur immobilier en particulier? Déjà que, souvent ces dernières années, des citoyens ont critiqué, parfois avec raison, l’ancienne administration, voire l’ex-maire Claude Corbeil, pour la place prépondérante qui était accordée aux projets immobiliers et aux promoteurs privés dans les priorités municipales.

La plus récente initiative du maire Beauregard ne fera rien pour atténuer ce sentiment de trop grande proximité au sein de la population. Qu’on se le tienne pour dit, un maire ne devrait jamais donner l’impression de servir la cause ou de faire la promotion d’un promoteur privé. Avant tout, le rôle d’un maire est de représenter les citoyens et de défendre leurs intérêts en toutes circonstances.

Avant de s’impliquer personnellement en s’adressant à une poignée seulement de citoyens, le maire aurait été plus avisé d’attendre que la congrégation ou que le promoteur se mouille et précise publiquement eux-mêmes leur intention, ce qui n’a été fait au final qu’une semaine plus tard par le Groupe Fari.

Dans un souci de transparence, André Beauregard a peut-être souhaité aller au-devant des coups, mais il s’en est surtout attiré si jamais le projet ne devait pas passer comme une lettre à la poste.

J’aimerais bien savoir qui a pu penser que c’était une bonne idée que le maire personnalise ainsi cette communication et ce dossier. Et qui a bien pu l’en convaincre. Sûrement pas quelqu’un d’expérience qui veut son bien.

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