28 avril 2022
carte blanche
Le numéro 10
Par: Christian Vanasse
Christian Willie Vanasse

Christian Willie Vanasse


C’est au cours de la première période du match honorant la mémoire de Guy Lafleur que ma blonde me fit remarquer qu’il n’y avait aucune publicité sur les bandes. Tout autour de la patinoire, il n’y avait que le nom de Lafleur et son célèbre numéro. Hey, le Démon blond qui fait reculer la publicité dans le Temple de la consommation, ça vaut la peine de le souligner. Même si c’est juste pour une soirée.

Et quelle soirée ce fut. Pour plusieurs raisons. D’abord, on s’oppose sur tout, tout le temps pis partout : jeunes-vieux, riches-pauvres, anglos-francos, pro-ci, pro-ça, anti-ci, anti-ça, on s’entend sur E-Rien! Mais quand c’est le temps de crier « Guy Guy Guy », on le fait d’une seule voix. En cette époque de division et de haine, cette unanimité d’amour est belle à voir. Je ne me souviens pas d’un personnage aussi rassembleur que Guy Lafleur. Depuis son départ, on a l’impression que chaque Québécois a une photo, une dédicace ou une anecdote à partager du « p’tit gars de Thurso ». Rare qu’on partage autant de choses!

En plus, l’ovation du public dura 10 minutes et 10 secondes… du grand spectacle à l’image de celui qu’on honorait.

Mais pour moi, un des plus beaux hommages lui avait été rendu de son vivant, dans les années 70, et venait d’Acton Vale. Le peintre Serge Lemoyne avait alors réalisé une série Bleu-Blanc-Rouge dont le célèbre tableau « Le numéro 10 » fit traverser Lafleur du monde du sport au monde de l’art. Lemoyne affirmait que la frontière entre l’art et la vie n’avait pas lieu d’être et s’était servi du joueur de hockey pour le prouver. Par ses mains agiles et par la main des artistes, Guy Lafleur n’est pas seulement entré dans l’histoire, il est entré dans toutes nos histoires.

image