5 mai 2016
L’environnementalisme par quatre chemins
Par: Rémi Léonard

Les invités de la soirée organisée par le service d’animation à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire et le club EnVIEro du Cégep de Saint-Hyacinthe : Christian Vanasse, Jici Lauzon, Nicole Jetté et Daniel Breton. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Les invités de la soirée organisée par le service d’animation à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire et le club EnVIEro du Cégep de Saint-Hyacinthe : Christian Vanasse, Jici Lauzon, Nicole Jetté et Daniel Breton. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Image tirée du documentaire Pipeline, pouvoir et démocratie où l’on assiste au départ de la Marche des Peuples pour la Terre Mère, partie au port de Gros-Cacouna en mai 2014.Office national du film du Canada

Le documentaire

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La question en filigrane du documentaire, « Où se trouve le réel pouvoir de changer les choses? », était autant ­applicable à l’oeuvre qu’au panel présent ce soir-là. Tous engagés en faveur de la protection de l’environnement, leurs choix et leurs moyens d’action diffèrent tout de même considérablement. L’humoriste politique, le comédien qui se présente pour le Parti vert, la militante au sein d’un groupe citoyen et l’ancien ministre de l’Environnement ont chacun donné leur vision de l’engagement, tout en commentant plusieurs dossiers d’actualité.

Du pétrole d’un océan à l’autre

C’est sans surprise que le pipeline ­Énergie Est a accaparé une bonne partie des discussions, puisque le sujet était central dans le documentaire et qu’il reste encore bien actuel. Les quatre intervenants ont soutenu que l’objectif du projet est d’exporter le pétrole des sables bitumineux sur le marché mondial. Si le Québec se retrouve autant sous pression, a argumenté Daniel Breton, c’est parce que les autres options pour trouver des débouchés, Northern Gateway vers le ­Pacifique par la Colombie-Britannique et Keystone XL vers le golfe du Mexique à travers les États-Unis, n’ont pas abouti. « Pourquoi le Québec, lui, devrait-il dire oui? », a questionné l’ex-politicien.

Le qualifiant pour sa part de « pipeline de la mort », Jici Lauzon n’a pas manqué de critiquer au passage Justin Trudeau. À son avis, le politicien donne une fausse impression à la population quant à sa ­véritable position sur le projet. « Depuis son élection, Trudeau est une déception totale. Il va ouvrir la voie au ­pipeline », a-t-il averti.

Pendant ce temps à Saint-Hyacinthe

Nicole Jetté a rappelé qu’Énergie Est n’était pas le seul projet auquel les groupes écologistes ont à faire face. Dans une ville comme Saint-Hyacinthe, le transport de pétrole par train est tout ­aussi préoccupant, selon elle.

Son groupe Convoi-citoyen vise notamment à rassembler l’information sur l’état du réseau ferroviaire. ­S’opposant au transport de pétrole non conventionnel sur nos rails, le groupe milite plus spécifiquement contre le projet de terminal pétrolier à Belledune, au nord du Nouveau-Brunswick, puisqu’il ferait augmenter les déplacements de wagons chargés de pétrole de l’Alberta à travers le Québec. « Je crois en le pouvoir citoyen », a conclu celle qui penche davantage vers le milieu communautaire que vers celui de la ­politique pour faire bouger les choses.

Elle a aussi expliqué aux Maskoutains présents, dont plusieurs étudiants et ­citoyens impliqués dans des groupes ­environnementaux locaux, qu’il y a déjà un pipeline actif à Saint-Hyacinthe. L’oléoduc Saint-Laurent de la compagnie Valéro achemine en effet des produits pétroliers de Montréal-Est jusqu’à Lévis. Le tracé passe à travers La Présentation en longeant l’autoroute 20 par le nord, traversant Saint-Hyacinthe, Saint-Simon et Sainte-Hélène-de-Bagot. D’un diamètre de 16 pouces, il peut transporter jusqu’à 100 000 barils par jour.

Un peu plus haut, un peu plus loin

Christian Vanasse a souligné l’importance d’informer la population et a dit vouloir « détruire les mythes ». « Après Mégantic, on nous a dit que les pipelines étaient ­nécessaires pour réduire le transport de pétrole par train. La vérité, c’est que ça ne sera jamais suffisant pour les pétrolières. On pourrait en transporter par pipeline, par train, par bateau, par avion, elles en voudraient toujours plus », a soutenu le membre des Zapartistes.

Daniel Breton est évidemment revenu sur son expérience en politique puisqu’elle était au coeur du film. Élu sous la bannière du Parti québécois dans la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques, il a été brièvement ­ministre de l’Environnement sous le ­gouvernement Marois. Mis dans l’embarras par des ­révélations sur son passé de mauvais payeur et des allégations d’ingérence au BAPE, le ­militant de longue date a dit avoir payé le prix de son engagement lorsqu’il a sauté dans l’arène politique. « Quand j’ai été nommé ministre, on m’a qualifié de radical. C’était la première fois qu’il y avait un environnementaliste à l’Environnement. Pourtant, on trouve ça normal qu’il y ait un économiste à ­l’Économie et un médecin à la Santé » a-t-il affirmé. À peine deux mois après sa nomination, il a donné sa démission sous les pressions de l’opposition.

Aujourd’hui consultant en électrification des transports, il a annoncé la parution prochaine d’un ouvrage sur le sujet. Rappelons aussi qu’il avait dit au COURRIER le mois dernier qu’il ­n’excluait pas un retour en politique lors des prochaines élections provinciales en 2018, peut-être même dans la circonscription de Saint-Hyacinthe puisqu’il réside à La Présentation. En guise de conclusion, il a choisi de marteler l’importance de l’achat local afin de ­réduire les émissions de gaz à effet de serre en transport.

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