31 Décembre 2020
Les adolescents, les incompris de la société
Par: Le Courrier

Nous pouvons facilement nous faire des préjugés ou une idée hâtive sur des personnes en ne comprenant pas leurs agissements. Il est très facile de juger quand on ne connaît pas le fond de la vérité. Certains de nos jugements peuvent s’avérer véridiques, mais d’autres sont erronés. Il faut donc prendre un pas de recul pour analyser la situation et essayer de comprendre malgré nos premières impressions.

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Pour donner un exemple, chez les adolescents, il existe plusieurs explications inconnues de la majorité qui expliquent très bien certains gestes. Ainsi, dans cet article, nous démontrons que la plupart des comportements incompris des adolescents s’expliquent par la quête identitaire et le développement du cerveau.

Quête et confusion identitaires

D’abord, la quête identitaire est un tournant majeur et décisif de l’adolescence. Que signifie vraiment la quête identitaire? En décomposant le mot « identité » en deux, nous pouvons envisager sa signification. « Id » représente l’idée, alors que le terme « entité » est relatif à ce qui nous constitue. Nous pouvons donc déduire que la quête identitaire est la recherche de l’idée que nous avons de soi. Il est très important de vivre cette recherche pendant l’adolescence, car c’est la base de tout être humain de se faire une idée méliorative de notre personne.

Le cheminement de la quête identitaire varie d’une personne à l’autre. Pour un, il se peut qu’il se passe très bien et, pour un autre, il se peut qu’il soit semé d’embûches et de décisions difficiles. Pour la majorité des adolescents, c’est une étape ardue de leur vie, car c’est une période d’incompréhension qui peut faire peur. Ne pas savoir qui nous sommes et devoir chercher par nous-mêmes notre personnalité peut créer une confusion identitaire, c’est-à-dire une incapacité à distinguer les idéaux et les valeurs de nos parents pour nous en créer des propres à nous.

Cette recherche de soi et cette confusion identitaire peuvent influencer directement les comportements de la personne qui vit ces phénomènes. « Par ailleurs, un certain degré de confusion identitaire serait normal et pourrait expliquer la nature apparemment chaotique de certains comportements adolescents », explique Marie-Sylvie Dionne, chargée de cours au Cégep de Bois-de-Boulogne, dans un article relié à la quête identitaire.

Cependant, les agissements égocentriques peuvent être certes très désagréables, mais souvent non volontaires. Les adolescents ont la pression de la société à savoir qui ils sont automatiquement puisqu’ils sont dans le processus de devenir des adultes et d’avoir les responsabilités qui viennent avec ce processus. Ce n’est donc pas aussi simple. Ils vivent des incompréhensions envers leurs propres agissements, des remises en question et de constants doutes quant à leurs décisions et leurs émotions.

« Pendant la recherche de son identité personnelle, l’égocentrisme est quelque chose de pratiquement inévitable. » Pourtant, l’égocentrisme est très réprimandé chez les adolescents, mais il est important de voir plus loin que leurs agissements. Ils sont à la recherche d’acceptation et veulent donc faire valoir ce qu’ils sont déjà.

Nous pouvons seulement prendre un exemple simple de la société : le style vestimentaire. Si un adolescent a une marque de souliers commune à la majorité, cela est donc estimé « cool ». Cependant, si une nouvelle marque sortait et que la plupart l’achetaient, celui-ci se dépêcherait de l’acheter. C’est pourquoi nous voyons tant d’adolescents avec le même style vestimentaire. Ce qui fait partie de la majorité est accepté, mais ce qui en est exclu est jugé.

La quête identitaire amène aussi le phénomène d’indépendance à l’égard des figures d’autorité, mais plus particulièrement des parents. Les adolescents commencent à faire leurs propres choix, à trouver qui ils sont et à distinguer les valeurs de leurs parents des leurs. Ils ont donc un besoin décisif de s’éloigner de leur famille. De plus, le comportement « je-m’en-foutisme » est souvent un masque que les adolescents mettent volontairement ou non pour cacher leur besoin d’aide.

La quête identitaire est fondamentale à la bonne santé mentale d’un adolescent. Si elle se passe plus ou moins bien, il se peut qu’un adolescent soit égaré et ne voit plus d’issues. Il se crée alors un voile pour repousser les gens qui pourraient l’aider. C’est ce qui mène à une impression d’inconscience et d’ignorance des adolescents.

Bref, la quête identitaire influence beaucoup les agissements des adolescents, qu’ils soient prémédités ou inconscients. Il faut toujours se rappeler que les adolescents sont dans une période instable de leur vie et qu’ils sont dans une constante remise en question.

Un cortex préfrontal en retard?

Ensuite, le facteur majeur en ce qui concerne certains comportements incompris des adolescents est le développement du cerveau durant cette période. D’abord, le système limbique est mature très tôt dans la vie d’un humain. Cette partie du cerveau s’occupe des habiletés sociales, des émotions ressenties, du comportement d’autrui et des relations proches.

Par contre, lors de l’adolescence, le cortex préfrontal subit de grands changements. C’est la partie la plus grosse du cerveau humain, celle qui s’occupe du raisonnement, de la confiance en soi, de contrôler les émotions et, par-dessus tout, de la réflexion. Ce cortex n’est pas mature avant la mi-vingtaine pour la généralité des gens. « Ceci explique certainement pourquoi les adolescents sont souvent impulsifs et téméraires. » Les adolescents vont donc réagir différemment à des situations où les adultes auraient réagi avec plus de raisonnement. Les adolescents vont au contraire réagir par leurs émotions véhiculées qui sont ressenties par leur système limbique.

De cette manière, puisque les adolescents n’ont pas un cortex préfrontal développé, ils agissent d’une manière que les adultes ne comprennent pas. Cependant, les adolescents ne sont pas au courant des changements que leur cerveau subit et ils vont donc se sentir perdus, car ils ne contrôlent pas leurs émotions. Ils vont penser que leurs réactions sont différentes de celles des adultes seulement, car ils sont des adolescents et eux des adultes. Les adolescents vont trouver qu’ils « ont souvent des comportements incohérents qu’ils sont eux-mêmes incapables d’expliquer ».

De plus, les adolescents se font fréquemment reprocher de ne pas assez se mettre à la place des autres ou de ne pas appliquer les règlements. Une étude a été faite par une professeure en neuroscience cognitive, Sarah-Jayne Blakemore, qui est codirectrice de ce programme d’études, pour expliquer ce phénomène. Elle a invité des adolescents et des adultes à effectuer des tâches cognitives afin d’évaluer leur capacité à se mettre à la place d’une autre personne.

Ses résultats ont démontré que les adultes avaient un taux d’erreur de 50 % et les adolescents avaient un taux d’erreur entre 60 % et 80 %. Elle a donc très bien démontré que la capacité à se mettre à la place de quelqu’un d’autre durant une situation est encore en développement pour les adolescents et qu’elle n’est pas aussi efficace que celle des adultes. Pourtant, les adolescents se mettent à la place des autres constamment durant la journée. Lorsque nous conduisons, lorsque nous avons une conversation avec quelqu’un, lorsque nous sommes au restaurant… C’est quelque chose qu’un adolescent fait chaque jour, mais son cerveau n’est pas formé complètement pour effectuer cette tâche à grande échelle.

Bref, les adolescents sont plus des victimes des changements qu’ils vivent que ce qu’on pourrait croire. La quête identitaire et le développement du cerveau amènent de bien grands changements dans la vie des adolescents. Pour ceux-ci, la quête identitaire amène une pression d’apprendre à se connaître, à se définir en rapport aux autres et le développement du cerveau amène une confusion à l’égard de leurs réactions et, par conséquent, de leurs comportements.

Avec la situation de pandémie que l’on vit, les adolescents sont laissés à eux-mêmes dans ce processus rigoureux d’isolement. On peut être porté à croire que, pour certains, la quête identitaire se voit quelque peu délogée de son chemin initial. Cela va-t-il amener une génération avec une adolescence prolongée jusqu’à l’âge adulte?

Coralie Morin, élève de 5e secondaire à la polyvalente Hyacinthe-Delorme


Coralie Morin, une étudiante du Programme d’éducation intermédiaire à la polyvalente Hyacinthe-Delorme, présente ici un article écrit dans le cadre de son projet personnel. À la suite de la lecture de son article, les personnes intéressées sont invitées à remplir un questionnaire pour l’aider dans la poursuite de son projet. Le formulaire est disponible en ligne au https://forms.gle/Lc7K2YpjTTafSJGR7.

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