10 mars 2022
Violence conjugale
Les bracelets anti-rapprochement sous la loupe des maisons d’hébergement
Par: Sarah Villemaire
Les bracelets anti-rapprochement feront leur entrée au Québec à compter du mois de mai dans le but d’offrir un outil supplémentaire pour contrer la violence conjugale. Saluée par le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale (RMFVVC), cette initiative soulève tout de même quelques questionnements quant au protocole annoncé par le ministère de la Sécurité publique du Québec.

Le RMFVVC, qui regroupe à ce jour 44 maisons d’aide et d’hébergement, dont celle de Saint-Hyacinthe, a récemment déposé un mémoire en réponse au projet de loi 24 modifiant la Loi sur le système correctionnel du Québec qui prévoit le pouvoir d’exiger qu’une personne contrevenante soit liée à un dispositif permettant de la localiser ainsi que sa victime. Mentionnons que cette mesure vise les personnes reconnues coupables de violence conjugale et celles en attente de verdict.

En plus d’une lecture approfondie du dossier, on pouvait lire dans le document remis par ce regroupement huit recommandations auxquelles les membres souhaiteraient obtenir des réponses de la part du gouvernement. Une de ces recommandations visait une éventuelle adhésion du comité d’encadrement et d’évaluation des projets pilotes pour les groupes de défense des droits des victimes de violence conjugale.

« L’annonce de ce projet pilote est une bonne nouvelle en soi puisque le bracelet servira de filet supplémentaire afin de protéger les victimes. Par contre, le gouvernement a travaillé sur le dossier de façon isolée et n’a pas consulté les intervenants au premier rang pour instrumentaliser le projet pilote. Nous croyons qu’il serait important pour eux de discuter avec les centres d’hébergement qui sont témoins des conséquences entourant la violence conjugale au quotidien », confirme Valérie Grégoire, coordonnatrice de la maison d’aide et d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale La Clé sur la porte de Saint-Hyacinthe.

Par son expertise dans le dossier, le regroupement aurait déjà pu recommander, entre autres, la promotion du service d’évaluation des conjoints violents au stade de la mise en liberté provisoire afin que les avocats de la poursuite et de la défense acceptent de s’y référer au tribunal.

« L’arrestation d’un conjoint violent met souvent fin à une relation. La violence post-séparation est souvent plus dangereuse pour la victime, car lorsque l’agresseur est remis en liberté, il veut reprendre son pouvoir. C’est là que ça peut être critique même avec le bracelet, car il va tout faire pour entrer en contact avec la victime », précise la coordonnatrice.

D’où l’importance, selon Mme Grégoire, d’imposer le projet pilote en zone rurale pour assurer rapidement la sécurité des victimes lors d’une intrusion. « La ruralité est un enjeu important puisque le territoire à couvrir des intervenants est large. Comme le réseau Internet ou cellulaire est parfois lent, voire inexistant, le délai d’intervention des policiers peut être plus long », renchérit-elle.

Afin de mieux outiller les policiers lors des interventions, les centres d’aide et d’hébergement de Saint-Hyacinthe, de Chambly et de Longueuil ont pris les devants en offrant des formations d’aide centrées sur la violence conjugale aux policiers de la Régie intermunicipale de police Richelieu–Saint-Laurent.

Alors que le projet pilote débutera dès ce printemps au palais de justice de Québec, les bracelets anti-rapprochement feront leur entrée en Montérégie en avril 2023.

Tout aussi en demande

Bien que le déconfinement soit à nos portes, le scénario est tout autre pour La Clé sur la porte alors que l’organisme connaît un achalandage marqué depuis les derniers mois. Outre les demandes d’hébergement, 17 900 appels d’aide en consultation externe, en accompagnement et en suivi post-hébergement ont été signalés ces deux dernières années par les maisons d’hébergement associées au regroupement.

« C’est un mal pour un bien, car les gens ont été davantage sensibilisés à la violence conjugale. Avec l’appui des pairs qui sont mieux outillés à réagir face à ce genre de situation, beaucoup plus de femmes ont pu s’en sortir rapidement et changer de vie. Oui, il reste du travail à faire, mais on voit une nette progression de la situation », soutient Valérie Grégoire.

À bout de souffle, l’équipe de cet organisme espère un retour à la normale sur le plan des mesures sanitaires d’ici les prochaines semaines afin de faciliter le travail d’accompagnement entre les intervenants et les victimes. En attente de financement, l’association espère recruter de nouveaux employés afin de continuer différents projets de sensibilisation déjà établis. « On a une belle équipe qui veut faire la différence auprès des femmes et je souhaite que d’autres intervenants se joignent à nous dans cet accomplissement », conclut la coordonnatrice.

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