6 janvier 2022
carte blanche
L’humanité
Par: Christian Vanasse

Au cours de ma vie, j’ai eu plusieurs animaux de compagnie, surtout de fidèles félins, et chaque fois, la « dernière visite » chez le vétérinaire était un événement pénible à vivre. Mais chaque fois, l’euthanasie était pratiquée de façon respectueuse pour l’animal et son maître, certaines cliniques ayant même des endroits prévus à cet effet avec musique de recueillement. On est loin de l’époque de nos ancêtres où le grand-père allait prendre une marche avec le vieux chien en arrière d’la shed et revenait seul.

Alors quand le porte-parole d’Exceldor, a parlé « d’euthanasie humanitaire » pour des milliers de poulets d’abattoir, je me suis demandé s’il allait leur faire écouter le concerto pour deux violons de Bach en leur tenant la patte et en caressant leur petite crête. Mais j’en doute.

C’est évidemment du maquillage de relation publique pour ne pas dire « abattage » mais là, on pousse le bouchon un peu fort en ajoutant « humanitaire » au terme déjà très galvaudé d’« euthanasie » qui est en réalité la mise à mort volontaire d’un animal dont on veut abréger les souffrances… pas exactement le genre de destin d’un animal de boucherie. Être « humanitaire » serait de ne pas mettre le poulet dans une situation où, en moins de deux mois, il va passer de poussin à quart-cuisse chez St-Hub.

La novlangue de l’industrie tente de cacher la vérité au public, mais peut-on la blâmer? Au fond, le consommateur, il n’en veut pas tant que ça de la vérité. Il ne veut pas savoir comment sa nourriture est produite ni dans quelles conditions. Il veut du poulet moins cher la livre que son latté-bio-équitable chez Starbucks. Quand même ironique que la dernière campagne publicitaire des producteurs de poulet disait justement : « N’avalez pas n’importe quoi ».

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