13 janvier 2022
Vaccination obligatoire ou contribution santé?
Notre cœur balance
Par: Le Courrier

Sommes-nous rendus à imposer la vaccination obligatoire contre la COVID-19 au Canada et au Québec afin de venir à bout des variants, des vagues successives et des ravages provoqués par cette pandémie qui s’étire et met à mal le réseau de la santé?

La question mérite d’être posée. Et de plus en plus de gens commencent à le faire et à y répondre positivement. Sauf le gouvernement du Québec. Ce dernier s’en remet plutôt à une contribution santé pour tenter de convaincre les antivax de rentrer dans le rang en faisant pression sur leur portefeuille. L’idée a été lancée par François Legault mardi, sans trop de détails sur la mécanique.

La taxe antivax est-elle l’étape ultime avant d’en arriver à imposer la vaccination obligatoire au Québec? Difficile à dire. Il est aussi difficile de déterminer laquelle des deux options aurait le plus d’effets dans la mesure où bien des zones de brouillard persistent dans les deux cas.

Il n’en demeure pas moins qu’il a été beaucoup question de vaccination obligatoire ces derniers jours. Certains pays s’y sont déjà résolus, à quelques variables près. L’Allemagne, l’Autriche et l’Italie sont du nombre. L’Allemagne entend commencer par la vaccination obligatoire du personnel médical (c’est le cas en France depuis la mi-septembre), avant de l’élargir à l’ensemble de la population. L’Autriche entend l’imposer dès le 1er février aux 14 ans et plus. En Italie, cette mesure est appliquée chez les 50 ans et plus. En Équateur, ce sont tous les citoyens de 5 ans et plus qui sont concernés par cette nouvelle obligation. Aux États-Unis? La Cour suprême a été saisie du dossier, sans plus.

Et chez nous? L’idée s’est invitée plus largement dans l’actualité récente par l’entremise du ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos. À ses yeux, la vaccination obligatoire est le seul moyen de se sortir de la crise et il faudra en arriver là un jour. Il a précisé qu’il s’agissait d’une opinion bien personnelle émise au détour d’une conférence de presse. Puisque la santé est un champ de compétences provincial, il s’est bien gardé de donner des leçons. « Étant donné la fragilité de notre système de soins de santé au pays, le vieillissement de la population, les coûts accrus qu’il y a à prendre soin de tout le monde, je crois que ce genre de mesure – qui n’est pas considérée présentement et on comprend pourquoi – va faire partie des discours, des réflexions et peut-être même des actions des provinces et des territoires à plus long terme », a motivé le ministre, rabroué depuis par les partis d’opposition à Ottawa.

Reconnaissant qu’il peut toujours y avoir des exceptions médicales appropriées, il n’a pas hésité à préciser le fond de sa pensée : « Les tests rapides, les masques, la distanciation physique, les tests PCR, tout ça, c’est très bien – ce sont des éléments de notre boîte à outils qui sont importants –, mais la façon de sortir de cette crise de manière définitive, c’est la vaccination. » Et au Québec, où 10 % de la population éligible n’est pas encore vaccinée, mais représente la moitié des hospitalisations, que fait-on?

Pendant que le débat fait rage, qu’on élabore des lois en conséquence dans nombre de pays et qu’on prépare l’opinion publique, au Québec, on ménage encore la chèvre et les ti-choux. Il a fallu tout son petit change au gouvernement Legault pour annoncer que la vaccination serait obligatoire… pour la clientèle de la SAQ et de la SQDC!

Aux propos pourtant remplis de bon sens du ministre Duclos, le cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé, a fait savoir qu’à ce moment-ci, la vaccination obligatoire n’était pas une avenue envisagée. La stratégie privilégiée par Québec passe pour l’instant par une facture imposée, sous forme de contribution santé de plus de 100 $, qu’on enverrait aux adultes non vaccinés.

Cette mesure divise déjà les experts en santé publique, tout autant que les juristes. Pour l’instant, cela ressemble à une manœuvre de diversion politique aux effets incertains, comme quand le gouvernement a voulu imposer la vaccination obligatoire au personnel de la santé. Son grand mérite? Calmer les gens qui réclament qu’on serre la vis aux non-vaccinés qui se foutent royalement des autres.

Est-ce que cela contribue à éteindre les feux et à réduire la pression dans les hôpitaux? Pas vraiment, mais ça détourne un peu l’attention.

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