3 Décembre 2015
Patrick Senécal, Faims
Par: Kim Messier

Patrick Senécal

Patrick Senécal

Qu’est-ce qui vous enflamme, vous ­passionne ou vous excite? Qu’est-ce qui vous déplaît, vous frustre ou vous ­indigne? Assouvissez-vous vos pulsions? Sont-elles bien enfouies dans votre ­inconscient, refoulées, ou sont-elles sur le point de se montrer au grand jour, lasses de rester cachées? Avez-vous faim de quelque chose en particulier? De richesses? De liberté? D’aventures? D’amour? De désirs charnels? De justice? De vengeance? De faire le mal?… ­Combattez-vous cette faim? Voulez-vous la calmer? Alors, qu’attendez-vous pour l’apaiser?

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Dans le nouveau roman de Patrick ­Senécal, Faims, publié aux Éditions Alire, le « Humanus Circus » s’installe dans la petite ville de Kadpidi. À l’aide de numéros bien spéciaux (inusités et indécents), le cirque, composé de sept artistes marginaux, pousse les gens normaux de cette municipalité à être conscients de leurs « faims » et à, peut-être, les assouvir. Alors que bon nombre de spectateurs sont ­choqués par la représentation symbolique, quelques-uns ont une révélation.

Ce thriller, surtout constitué d’une ­intrigue policière bien ficelée, s’attarde sur l’histoire de Joël, un enquêteur, un père de famille et un homme marié depuis vingt ans. À l’approche de la cinquantaine, il se rend de plus en plus compte que son train-train quotidien l’ennuie. Ses deux enfants sont des adolescents débrouillards et sa femme, propriétaire d’une ­clinique vétérinaire, travaille de ­nombreuses heures. Le policier se contente donc de sa petite vie tranquille, sans remous, jusqu’au jour où il va au cirque.

À partir de ce moment, Joël ne peut plus ignorer sa « faim » : celle de la chair. Son insatisfaction sexuelle l’enrage et son ­désir, pour une autre femme, grandit. « Joël retrouve alors cette sensation ­oubliée depuis longtemps, tellement forte, tellement enivrante : une tension sexuelle à couper au couteau, qui donne l’impression d’être immortel, qui ­murmure que la vie ne devrait pas être que ça, en tout temps. En fait, la dernière fois qu’il a vécu un tel moment, c’est il y a sept ans, à ce congrès de policiers. Il lui ­arrive encore d’en rêver. Pas à la baise ­elle-même, qui s’était finalement avérée plutôt banale, mais à tout ce qu’il y a eu avant, au moment où il sentait que tout était possible. »

Pendant qu’il essaie de combattre ses tentations qu’il juge immorales, et de ­sauver son couple, le policier enquête sur une série de meurtres dans la municipalité où il vit. À l’aide de plusieurs enquêteurs, il soupçonne qu’il existe un lien entre les ­artistes du cirque et les meurtres. Il fait alors la connaissance de Francus, le ­propriétaire du « Humanus Circus », un être étrange qui affronte un tigre chaque fois qu’il entre en scène. Une relation ­tendue s’établit entre les deux hommes, qui, au fil des semaines, voient leur vie changer à jamais.

Faims expose la noirceur au quotidien. Loin d’être un livre d’horreur et d’épouvante (même si certains passages m’ont fait grimacer), le récit de Joël, et d’autres personnages, est une vaste réflexion ­sociale. Lors de ses entrevues, Patrick ­Senécal insiste sur le fait qu’il s’assure, en rédigeant, que le côté « réflexion » ne ­l’emporte jamais sur le suspense. En effet, le récit est avant tout un thriller, mais le lecteur ne peut s’empêcher de se poser des questions sur la société dans laquelle il vit et… sur lui-même, ses zones d’ombre, ses désirs tordus, puis ses « faims ».

Le 17e roman de Patrick Senécal est, selon moi, un de ses meilleurs. J’ai adoré les ­différentes histoires des sept artistes du cirque (particulièrement celle de Wulf et Laurus) et j’ai beaucoup aimé retrouver ­Michelle Beaulieu, la fameuse Reine Rouge de l’univers senécalien. Je dois aussi avouer que je me suis attachée à Joël, car Senécal, comme il l’a déjà spécifié, réussit à démontrer à quel point la routine ronge l’âme, les appétits et le corps. Mais mon personnage préféré reste Francus, le propriétaire du « Humanus Circus ». Jusqu’à la fin, il m’a intriguée et je me demandais toujours quel était son rôle. Celui du bon ou du méchant? À vous de le découvrir!

Somme toute, Faims est un roman confrontant. Même si l’auteur a expliqué qu’il a écrit un récit fictif, celui-ci est basé sur ses propres questionnements, ses peurs et ses doutes. Vous pouvez suivre Patrick Senécal sur son site Internet officiel : www.patricksenecal.net.

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