18 novembre 2021
Oleanna, pour animer le débat
Par: Maxime Prévost Durand

En plus de signer la production et la mise en scène de la pièce Oleanna, qui sera présentée à Saint-Hyacinthe le 27 novembre, Raymond Cloutier partage également la scène avec Catherine De Léan dans un duel cruel entre un professeur et une étudiante. Photo Magella Bouchard

En plein apogée du mouvement #MoiAussi, Raymond Cloutier a décidé de produire, de mettre en scène et de jouer la pièce de théâtre Oleanna, une œuvre de David Mamet dans laquelle on assiste à « un duel cruel » sous fond d’abus de pouvoir entre un professeur et une étudiante. Une façon, en quelque sorte, d’animer le débat.

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« J’ai toujours été porteur d’un théâtre social, qui parle des choses que la communauté est en train de vivre et qui devient un outil pour comprendre ce qui nous arrive, sans apporter de solution pour autant », soutient Raymond Cloutier, en entrevue téléphonique avec LE COURRIER.

D’abord présentée en résidence à Sutton à l’été 2018, la pièce continue de vivre à travers une tournée québécoise qui s’arrêtera au Centre des arts Juliette-Lassonde le samedi 27 novembre. Même si trois années se sont écoulées depuis les premières représentations, le propos est toujours autant d’actualité. Peut-être l’est-il même encore plus aujourd’hui avec les enjeux de censure dans les universités et la « culture de l’annulation » qui ont fait les manchettes.

Le personnage de Jean (Raymond Cloutier) est un professeur à la faculté de l’éducation d’une grande université et est sur le point d’être nommé doyen. Une de ses étudiantes, Carole (Catherine De Léan), débarque chez lui sans prévenir en cherchant des réponses concernant la note accordée à un récent travail. Un jeu de pouvoir s’installe alors, faisant ressortir le paternalisme et le machisme de Jean.

Cette histoire a été écrite en 1992 dans la foulée de la nomination de Clarence Thomas comme juge de la Cour suprême aux États-Unis. Une avocate, Anita Hill, avait alors dénoncé le harcèlement sexuel dont il avait fait preuve à son égard. À la suite d’une enquête, il était malgré tout entré à la Cour suprême, où il est toujours en fonction.

« Dans la version originale de la pièce présentée à New York en 1992, la façon de jouer était très froide. [C’était fait] dans une méthode où tu dis le texte et tu oublies le reste. En faisant ça, l’étudiante apparaît un peu hystérique et elle a tort, souligne Raymond Cloutier. […] Mais quand on relit la pièce aujourd’hui, on est capable de voir un équilibre dans le texte, on peut savoir que l’étudiante a autant raison, sinon plus, que le professeur. »

Dans le contexte actuel, l’expérimenté comédien a justement voulu créer la conversation plutôt que d’imposer une vérité dans la mise en scène qu’il propose.

« J’ai essayé d’équilibrer les valeurs pour que le public soit un témoin, qu’il voit les faits et qu’il décide qui a tort et qui a raison, dit-il. C’est un duel cruel, qui va très loin. Mais qui fait le knock-out à la fin? C’est au public de décider. »

Ce projet en est un que Raymond Cloutier a mené d’un bout à l’autre en portant tous les chapeaux, de la production au jeu. « Ça me donne une liberté que je ne retrouve pas souvent, affirme-t-il avec le sourire dans la voix. Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu autant de plaisir à être sur scène, surtout avec ma partenaire de jeu Catherine De Léan, qui semble aussi apprécier ce type de liberté. C’est une grosse partie de ping-pong qu’on se livre chaque soir. La prévision de ce que l’autre va faire n’est pas certaine. On se surprend chaque soir en faisant des choses qu’on n’avait pas faites la veille. On essaie de ne pas faire une photocopie de ce qu’on a répété, mais plutôt de vivre le moment présent. C’est ça, l’art vivant. »

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