15 septembre 2022
Pourquoi la dédicace ou consécration de la cathédrale de Saint-Hyacinthe?
Par: Le Courrier
Je ne sais pas si au Camping Sainte-Madeleine, autour d’une bière, certains ont échangé sur cette célébration de la dédicace ou consécration de l’église cathédrale de Saint-Hyacinthe qui se déroulait à quelques kilomètres de là. Ce dimanche 11 juillet, près de 500 personnes ont assisté, par un bel après-midi d’été, qui semble ne pas vouloir partir, à la dédicace ou consécration de l’église cathédrale de Saint- Hyacinthe.

D’abord, les mots « dédicace » et « consécration », même en l’Église, on passe allègrement de l’un à l’autre sans faire trop de distinction. Pour parler simplement, on parle de dédicace pour un objet, par exemple, la bâtisse église. On parle de consécration pour une personne, par exemple, Louise se consacre à Dieu comme religieuse. Tous deux, dédicace et consécration, ont une fonction particulière, celle d’être réservé à une chose ou personne spécifique.

Ne remontons pas au grand historien des religions, Mircea Éliade, qui a très bien décrit le pourquoi et le comment des lieux sacrés dans les religions anciennes. Ces lieux avaient et ont une fonction exclusive, ils étaient ou sont reconnus comme le lieu d’une divinité dont on s’approche avec réserve et respect.

Un exemple de cela, dans le roman Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy, il y a une scène touchante et belle qui nous fait comprendre la fonction du sacré d’un lieu ou d’une église. Amanda, une habitante du quartier pauvre de Saint-Henri à Montréal, n’a qu’un endroit où sortir de son quotidien misérable, l’église de sa paroisse. Quand elle revient de son marché les bras chargés, elle s’arrête à l’église paroissiale pour reposer ses jambes fatiguées en prenant bien soin de demeurer dans les derniers bancs. Pourquoi? Sans doute par respect pour le lieu où elle est entrée et aussi avec l’espoir que la divinité de ce lieu soulagera quelque peu sa misère quotidienne. C’est la fonction première d’un lieu sacré ou dédicacé, être un espace pour sortir un moment d’un quotidien difficile afin d’y trouver repos et soulagement.

Mais ce langage du sacré parle-t-il encore aujourd’hui? Pourquoi consacrer une église alors que nous assistons à la transformation d’églises en salles de spectacles, en logements, en condos, voire même en mini-brasseries avec des noms évocateurs de religion, on assiste même à des démolitions d’églises.

Revenons à l’église Saint-Henri de Gabrielle Roy. Elle permettait aux gens du quartier de sortir un moment de leur quotidien misérable et de se reposer un peu d’un travail fastidieux et cela de façon gratis, selon le mot savoureux d’un grand artiste issu de ce quartier, Yvon Deschamps. Aujourd’hui, les portes des églises et même des cathédrales, s’il n’y a pas de gardien, demeurent barrées et, avec raison, par peur de vandalisme, de vol, de feu et quoi encore? Cette situation révèle quoi? A-t-on raison de consacrer une église si nous savons que nous allons la tenir barrée pour ces raisons et combien d’autres?

Et si on se trompait de cible en mettant tant d’efforts pour consacrer une église? Où les Amanda d’aujourd’hui trouvent-elles un lieu où déposer leurs sacs trop lourds afin de se reposer un peu? C’est la fonction fondamentale d’un lieu consacré ou dédicacé, sortir les gens de leur quotidien.

Lionel Émard, prêtre

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