24 février 2022
La Régie des alcools sanctionne Le Shaker
Prévenir et guérir
Par: Martin Bourassa
Martin Bourrassa

Martin Bourrassa


Mieux vaut prévenir que guérir, dit le proverbe. C’est ce qu’a dû se dire, il y a plus de deux ans déjà, le bon docteur X. Vous ne le connaissez pas? C’est bien dommage, car il mériterait de sortir de l’ombre et de recevoir des félicitations pour ce qu’il a fait. Qui est-il?

Son identité a malheureusement été gardée confidentielle dans une récente décision de la Régie des alcools, des courses et des jeux à l’endroit du restaurant-bar Le Shaker de Saint-Hyacinthe. Une décision dans laquelle l’organisme a décidé de sévir à l’endroit du populaire établissement de la rue Cusson, en lui retirant ses permis de restauration et d’alcool pour 30 jours et en lui imposant une amende de 15 000 $.

C’est en lisant cette décision qu’on fait la connaissance du docteur X, dont on dit seulement qu’il est urgentologue. On devine qu’il doit pratiquer à l’urgence de l’Hôpital Honoré-Mercier, situé à proximité du Shaker. Les urgentologues maskoutains se comptant pratiquement sur les doigts d’une seule main, voilà qui limite la liste de nos héros potentiels.

Toujours est-il que le fameux docteur X ne s’est pas contenté de soigner les malades en décembre 2019. Au lieu de guérir, il a surtout cherché à prévenir. Comment? En déposant une plainte auprès de la Régie concernant le nombre élevé de patients intoxiqués provenant du Shaker. Pour qu’un urgentologue manifeste son ras-le-bol et alerte les autorités, c’est que la situation doit être sérieuse.

Et il suffit de lire la décision de la Régie des alcools pour s’en convaincre. Mais avant, précisons que ce n’est pas d’hier que ce bar traîne une réputation que nous qualifierions, en termes polis, de préoccupante. Au COURRIER, nous avions déjà eu vent et parfois fait état d’épisodes de violence, de visites policières et de problèmes de surconsommation d’alcool chez la clientèle. L’histoire la plus médiatisée est celle d’Anthony Seyer, défiguré dans une violente et sanglante bagarre entre clients, survenue au Shaker dans la soirée du 7 au 8 décembre 2019. Nous avons aussi reçu de temps à autre des appels de clients et même de parents inquiets. Des gens que nous redirigions chaque fois vers les services policiers ou encore à la Régie, faute de pouvoir confirmer la plupart des observations.

C’est vous dire à quel point la surprise n’a pas été grande quand nous avons pris connaissance de la décision rendue le mois dernier par la Régie à l’égard du Shaker. On y fait mention de plusieurs manquements qui s’échelonnent sur une période de 42 mois à partir du 26 juillet 2018 et qui ont vu les policiers intervenir à 17 reprises pour des actes de violence et à 37 reprises pour des clients en état d’ébriété, dont neuf ont été conduits à l’hôpital. Sans oublier les huit clients qui ont été arrêtés pour conduite d’un véhicule avec les facultés affaiblies à la sortie du bar. Ces manquements en lien avec l’exploitation de cet établissement visaient entre autres les drogues, les actes de violence, la vente à une personne en état d’ivresse, la consommation ailleurs que dans l’endroit autorisé, la présence de mineurs et le danger pour la vie et la santé des personnes, incluant le non-respect de certaines consignes sanitaires en temps de pandémie. Après négociations entre les parties pour en venir à une proposition conjointe et éviter de longues procédures, les manquements relatifs aux drogues ont été abandonnés par le contentieux de la Régie.

Devant cette instance, le représentant des propriétaires a reconnu certains torts et fait amende honorable. Les propriétaires ont, entre autres, accru la sécurité des lieux et engagé des portiers, ce qui aurait permis de diminuer considérablement les manquements au cours des derniers mois. « Ces mesures révèlent non seulement une véritable prise de conscience de la part du titulaire à l’égard des difficultés liées avec l’exploitation de son établissement, mais aussi une réelle volonté de s’amender et de corriger une situation problématique », note le Tribunal de la Régie dans sa décision. Une amende de 15 000 $ (sur un maximum de 100 000 $) et un permis suspendu en février pandémique, ce n’est pas cher payé.

Il est plutôt à souhaiter que cela se traduira par une prise de conscience durable des propriétaires et des employés. Leur marge de manœuvre vient de rétrécir, contrairement à leur imputabilité. Le Shaker et sa clientèle ont intérêt à marcher droit, car ils sont plus que jamais sur le radar de la Régie, du docteur X et de la communauté maskoutaine.

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