21 juillet 2022
Retirer des trottoirs : un recul pour la sécurité et l’équité
Par: Le Courrier

Depuis le début de la pandémie, plusieurs Québécoises et Québécois ont adopté la marche quotidienne dans leur quartier comme moyen de bouger, de sortir prendre l’air et de profiter de la nature, de faire des rencontres et de socialiser ou encore de se déplacer pour faire des courses dans leurs commerces de proximité. Cette bonne habitude devrait être encouragée, les bénéfices de la marche pour la santé n’étant plus à démontrer!

D’autant que, dans un contexte où le prix de l’essence explose, adopter la marche pour les déplacements courts, un mode de déplacement gratuit, permet aussi de réduire les dépenses des ménages. De plus, la marche est le seul véritable mode zéro émission de gaz à effet de serre (GES). L’adopter contribue donc à diminuer l’impact environnemental des déplacements, alors que les transports constituent la première source d’émissions de GES au Québec (43 %).

Considérant tous ces avantages, de nombreuses municipalités du Québec ont décidé d’accroître leur budget consacré aux infrastructures et de multiplier leurs interventions pour encourager les déplacements à pied : rues piétonnes et partagées, trottoirs, sentiers piétons, places publiques, mesures apaisant la circulation, réduction de vitesse, etc. se multiplient un peu partout au Québec, et c’est tant mieux!

Surprenant alors qu’en 2022, la Ville de Saint-Hyacinthe ait décidé de poursuivre la mise en œuvre de son « Plan directeur des trottoirs », adopté en 2018, qui prévoit le retrait d’environ 66 kilomètres de trottoirs. Déjà, en 2018, son adoption avait surpris et avait fait plusieurs personnes mécontentes. Avec raison! Il est encore plus surprenant qu’aujourd’hui, le nouveau conseil municipal maintienne cette décision en justifiant que « c’est une question d’équité et de sécurité » et que le maire André Beauregard soutienne que « le retrait de ce trottoir [sur la rue Bourassa] ne devrait pas défavoriser le transport actif ».

Il semble donc qu’il faille revenir sur la pertinence et l’importance des trottoirs…

Au contraire de ces affirmations, le retrait de trottoirs aura un impact négatif pour la mobilité active à Saint-Hyacinthe. La présence de trottoirs permet non seulement d’assurer la sécurité des piétons lors de leurs déplacements, mais permet aussi une plus grande équité pour les déplacements de tous les types d’usagers. Retirer les trottoirs pourrait avoir un impact social important : entraîner l’isolement des personnes aînées et des personnes ayant une limitation fonctionnelle, par exemple, ou encore décourager les déplacements à pied chez les enfants.

En effet, la présence de trottoirs bien conçus de part et d’autre de la chaussée permet d’assurer en toute saison un cheminement sécuritaire, confortable et continu pour les piétons, peu importe leur âge ou leur habileté. Elle évite aux piétons d’avoir à traverser la rue au milieu d’un tronçon, là où la traversée n’est pas sécurisée. Elle permet de réduire la largeur de la chaussée, apaisant du même coup la circulation motorisée dans les rues. Elle assure des déplacements à pied sécuritaires en hiver lorsque les trottoirs sont bien déneigés. De plus, la présence d’infrastructures piétonnes sécuritaires et confortables est essentielle non seulement pour assurer la sécurité des piétons qui se déplacent actuellement dans nos milieux de vie, mais aussi pour favoriser l’adoption des déplacements à pied au quotidien.

Bref, les bienfaits de la présence de trottoirs et leur importance pour favoriser l’adoption de la marche au quotidien ne sont plus à démontrer. Ainsi, malgré le coût important associé à leur réfection et à leur entretien, il est inconcevable en 2022 de poursuivre la mise en œuvre d’un plan visant à s’en départir. Les trottoirs sont une infrastructure de base dans un milieu de vie et, pour tous les bénéfices qu’ils procurent, par équité, nous devons en ajouter là où ils sont absents, plutôt que supprimer ceux qui sont existants. Proposerait-on de retirer une rue sur deux dans un quartier résidentiel pour réduire le budget lié à leur réfection et à leur entretien?

Comme société, nous voulons que la population soit en meilleure santé plus longtemps. L’atteinte de cet objectif passe par la possibilité de sortir de chez soi et d’être actif quotidiennement, et tout recul menace l’attente de cet objectif. Donc, oui, les trottoirs sont essentiels, il en va de la qualité de vie des Québécoises et des Québécois!

Sandrine Cabana-Degani, directrice générale de Piétons Québec

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