16 juin 2022
Un syndicat au Sheraton de Saint-Hyacinthe
Rouvrir une blessure
Par: Martin Bourassa
Martin Bourrassa

Martin Bourrassa


À ceux-là, je réponds qu’il ne faut pas s’attendre à ce que le fruit se flétrisse pour autant. Le modèle d’affaires du Sheraton, comme de la plupart des hôtels qui ont vu le jour ces dernières années, a été élaboré autour de la sous-traitance afin de tenir les syndicats à bonne distance. Ce modèle n’est pas parfaitement étanche, mais ne cherchez pas de syndicat au Holiday Inn Express & Suites de Saint-Hyacinthe par exemple. L’équipe y est tricotée serrée et on y sous-traite la buanderie et l’entretien ménager.

Les tentatives de syndicalisation sont plus complexes dans les hôtels où la sous-traitance prédomine, surtout si la force du nombre, et forcément la rentabilité des cotisations, n’est pas au rendez-vous. Le syndicat de boutique du Sheraton semble donc condamné à la marginalité, ce qui limitera la possibilité de bras de fer avec la direction et les dérapages potentiels. Voilà certes une bonne nouvelle, vu la blessure, voire le traumatisme, que nous traînons. Il est difficile de ne pas voir dans cette percée syndicale au Sheraton une sorte de douce vengeance syndicale, même si, dans les faits, il ne reste pratiquement aucun acteur lié à l’ancien Hôtel des Seigneurs, hormis celui qui a orchestré sa démolition. Le même qui a ensuite planifié la construction d’un complexe hôtelier de remplacement sur le terrain voisin, question de s’assurer que l’accréditation syndicale de l’Hôtel des Seigneurs ne suive pas. Ce n’est pas moi qui vais le blâmer pour cette décision d’affaires, bien au contraire.

Douce vengeance, donc, penseront tous ceux et celles qui ont encore frais en mémoire la petite histoire derrière la naissance de l’hôtel Sheraton et du centre de congrès municipal de Saint-Hyacinthe. Ces deux infrastructures ont vu le jour après un conflit de travail qui, disons-le franchement, a dégénéré royalement à l’Hôtel des Seigneurs.

Souvenez-vous de décembre 2013. Trois jours avant Noël, excédé par un conflit de travail qui perdure depuis 14 mois et le rejet à 90 % de sa dernière offre finale de règlement, le propriétaire, SilverBirch Hôtels & Resorts, annonçait la fermeture définitive du complexe hôtelier et de congrès, à l’aube de son quarantième anniversaire. Près de 220 cadres et employés, dont 180 employés syndiqués de la CSN, se sont retrouvés au chômage forcé à la suite d’un vote qui n’avait intéressé que 94 employés. On comprend donc que 85 personnes ont scellé le sort de l’hôtel à tout jamais. Incroyable, non?

Ce qui a suivi, c’est la vente de la propriété à Marc Bibeau, le grand patron des Centres d’achat Beauward, propriétaire des Galeries St-Hyacinthe, et des négociations qui n’ont abouti encore une fois à rien, sinon à la démolition du complexe.

Même l’intervention du nouveau maire fraîchement élu qui promettait de tout faire pour dénouer l’impasse et régler le conflit de travail avait frappé un nœud. Claude Corbeil a fini par tenir promesse et a relancé le tourisme d’affaires. Il a réussi à convaincre le conseil de s’associer à Marc Bibeau et à investir massivement dans un plan B.

Cette solution est venue avec une facture salée de 40,7 M$.

Avec le recul, il est facile de se dire qu’il aurait été bien plus avantageux de s’entendre avec le syndicat de l’Hôtel des Seigneurs. Avoir su. Mais on ne savait pas. On sait maintenant.

On sait ce qu’il en coûte de se braquer et de laisser des relations de travail s’envenimer comme ce fut le cas par le passé à l’Hôtel des Seigneurs, à l’usine Olymel de Saint-Simon ou encore au marché d’alimentation IGA Picard du secteur Douville à Saint-Hyacinthe.

En 2022, la bonne entente et le respect mutuel, ça n’a pas de prix.

Cette remarque ne s’adresse pas uniquement au gestionnaire et aux employés syndiqués ou pas de l’hôtel Sheraton. Elle nous concerne tous et toutes.

À méditer surtout. Pour ne pas refaire les erreurs du passé.

image